CHAPITRE VIII.
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Le peuple employait pour lui ses propres forces, et sasupériorité dans les suffrages, ses refus d’aller à la guerre,ses menaces de se retirer, la partialité de ses lois, enfinses jugements contre ceux qui lui avaient fait trop de ré-sistance. Le sénat se défendait par sa sagesse, sa justice, etl’amour qu’il inspirait pour la patrie; par ses bienfaits etune sage dispensation des trésors de la république ; par lerespect que le peuple avait pour la gloire des principalesfamilles et la vertu des grands, personnages 1 ; par la reli-gion même, les institutions anciennes, et la suppression desjours d’assemblée, sous prétexte que les auspices n’avaientpas été favorables ; par les clients ; par l’opposition d’untribun à un autre ; par la création d’un dictateur 2 , les oc-cupations d’une nouvelle guerre, ou les malheurs qui réu-nissaient tous les intérêts ; enfin par une condescendancepaternelle à accorder au peuple une partie de ses deman-des pour lui faire abandonner les autres, et cette maximeconstante de préférer la conservation de la république auxprérogatives de quelque ordre ou de quelque magistra-ture que ce fut.
Dans la suite des temps , lorsque les plébéiens eurenttellement abaissé les patriciens que cette distinction de
* Le peuple, qui aimait la gloire, composé de gens qui avaient passéleur vie à la guerre, ne pouvait refuser ses suffrages à un grand hommesous lequel il avait combattu. Il obtenait le droit d’élire des plébéiens, etil élisait des patriciens. Il fut obligé de se lier les mains , en établissantqu’il y aurait toujours un consul plébéien : aussi les familles plébéiennesqui entrèrent dans les charges, y furent-elles ensuite continuellementportées ; et quand le peuple éleva aux honneurs quelque homme denéant comme Varron etMarius, ce fut une espèce de victoire qu’il rem-porta sur lui-même.
2 Les patriciens, pour se défendre, avaient coutume de créer un dic-tateur; ce qui leüt réussissait admirablement bien: mais les plébéiens,ayant obtenu de pouvoir être élus consuls, purent aussi être élus dicta-teurs ; ce qui déconcerta les patriciens. Voyez dans Tite-Live, liv. Y1II,comment Publius Philo les abaissa dans sa dictature : il lit trois lois quileur furent très-préjudiciables.