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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,

lesquelles elle enchaînait l’univers, était perdue, elle allaitêtre réduite à ses murailles : elle accorda ce droit tant dé-siré aux alliés qui n’avaient pas encore cessé d’être fidè-les 1 ; et peu à peu elle l’accorda à tous.

Pour lors Borne ne fut plus cette ville dont le peuplen’avait eu qu’un même esprit, un même amour pour laliberté, une même haine pour la tyrannie ; où cette jalou-sie du pouvoir du sénat et des prérogatives des grands,toujours mêlée de respect, n’était qu’un amour de l’éga-lité. Les peuples d’Italie étant devenus ses citoyens, cha-que ville y apporta son génie, ses intérêts particuliers, etsa dépendance de quelque grand protecteur \ La ville dé-chirée ne forma plus un tout ensemble ; et comme on n’enétait citoyen que par une espèce de fiction, qu’on n’avaitplus les mêmes magistrats, les mêmes murailles, les mêmesdieux, les mêmes temples, les mêmes sépultures, on ne vitplus Rome des mêmes yeux, on n’eut plus le même amourpour la patrie, et les sentiments romains ne furent plus.

Les ambitieux firent venir à Rome des villes et des na-tions entières pour troubler les suffrages, ou se les fairedonner ; les assemblées furent de véritables conjurations;on appela comices une troupe de quelques séditieux; l’au-torité du peuple, ses lois, lui-même, devinrent des choseschimériques; et l’anarchie fut telle, qu’on ne put plus sa-voir si le peuple avait fait une ordonnance, ou s’il ne l’a-vait point faite 3 .

On n’entend parler, dans les auteurs, que des divisions

1 Les Toscans, les Ombriens, les Latins, Cela porta quelques peuplesà se soumettre ; et comme on les fit aussi citoyens, d’autres posèrent en-core les armes ; et enfin il ne resta que les Samnites, qui furent exter-minés.

2 Qu’on s’imagine cette tète monstrueuse des peuples d’Italie, qui,par le suffrage de chaque homme, conduisait le reste du monde.

3 Voyez les Lettres de Cicéron à Atticus, liv. IV, lett. xvm.