140 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
II était craint de ses sujets, et il ne paraît pas qu’il enfût haï 1 . Prodigieusement fier, et cependant rusé, ardentdans sa colère, mais sachant pardonner ou différer la pu-nition suivant qu’il convenait à ses intérêts, ne faisantjamais la guerre quand la paix pouvait lui donner assezd’avantages, fidèlement servi des rois mêmes qui étaient soussa dépendance, il avait gardé pour lui seul l’ancienne sim-plicité des mœurs des Huns. Du reste, on ne peut guèrelouer sur la bravoure le chef d’une nation où les enfantsentraient en fureur au récit des beaux faits d’armes deleurs pères, et où les pères versaient des larmes parcequ’ils ne pouvaient pas imiter leurs enfants.
Après sa mort, toutes les nations barbares se redivi-sèrent ; mais les Romains étaient si faibles qu’il n’y avaitpas de si petit peuple qui ne pût leur nuire.
Ce ne fut pas une certaine invasion qui perdit l’empire,ce furent toutes les invasions. Depuis celle qui fut si gé-nérale sous Gallus, il sembla rétabli, parce qu’il n’avaitpoint perdu de terrain; mais il alla, de degrés en degrés,de la décadence à sa chute, jusqu’à ce qu’il s’affaissatout à coup sous Arcadius et Honorius.
En vain on avait rechassé les barbares dans leur pays :ils y seraient tout de même rentrés pour mettre en sûretéleur butin ; en vain on les extermina : les villes n’étaientpas moins saccagées, les villages brûlés, les familles tuéesou dispersées \
Lorsqu’une province avait été ravagée, les barbaresqui succédaient, n’y trouvant plus rien, devaient passer
1 II faut consulter, sur le caractère de ce prince et les mœurs de sacour, Jornandès et Priscus.
2 C'était une nation bien destructive que celle des Goths : ils avaientdétruit tous les laboureurs dans la Thrace, et coupé les mains à tousceux qui menaient les chariots. ( Histoire byzantine de Malchus, dansVExtrait des ambassades.)