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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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174 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,

et la prirent : ils la rendirentaux Grecs ; et, dans la cons-ternation des infidèles, Alexis et Jean Comnène rechassè-rent les Turcs jusqu’à l’Euphrate.

Mais, quel que fût l’avantage que les Grecs pussent tirerdes expéditions des croisés , il n’y avait pas d’empereurqui ne frémît du péril de voir passerait milieu de ses États,et se succéder, des héros si fiers et de si grandes armées.

Ils cherchèrent donc à dégoûter l’Europe de ces entre-prises ; et les croisés trouvèrent partout des trahisons, de laperfidie, et tout ce qu’on peut attendre d’un ennemi timide.

Il faut avouer que les Français, qui avaient commencéces expéditions, n’avaient rien fait pour se faire souffrir.Au travers des invectives d’Andronic Comnène contrenous 1 , on voit, dans le fond, que chez une nation étran-gère nous ne nous contraignions point, et que nous avionspour lors les défauts qu’on nous reproche aujourd’hui.

Un comte français alla se mettre sur le trône de l’em-pereur ; le comte Baudouin le tira par le bras, et lui dit :«Vous devez savoir que, quand on est dans un pays, il« en faut suivre les usages. Vraiment, voilà un beau pay-« san, répondit-il, de s’asseoir ici, tandis que tant de ca-« pitaines sont debout ! »

Les Allemands, qui passèrent ensuite, et qui étaientles meilleures gens du monde, firent une rude pénitencede nos étourderies, et trouvèrent partout des esprits quenous avions révoltés 2 .

Enfin la haine fut portée au dernier comble ; et quelquesmauvais traitements faits à des marchands vénitiens, l’am-bition, l’avarice, un faux zèle, déterminèrent les Françaiset les Vénitiens à se croiser contre les Grecs.

1 Histoire d'Alexis, son père, liv. XetXÏ.

2 Nicétas, Histoire de Manuel Comnène y liv. 1.