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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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176 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,qui n’acceptèrent poi ut de paix, mais quelques trêves, etqu’on ne voulut pas irriter, n’en payèrent pas non plus.

Quoique avant la prise de Constantinople Manuel Com-nène eût laissé tomber la marine, cependant, comme lecommerce subsistait encore, on pouvait facilement la ré-tablir ; mais quaud dans le nouvel empire on l’eut aban-donnée , le mal fut sans remède, parce que l’impuissanceaugmenta toujours.

Cet État, qui dominait sur plusieurs îles, qui étaitpartagé par la mer, et qui en était environné en tant d’en-droits, n’avait point de vaisseaux pour y naviguer. Lesprovinces n’eurent plus de communication entre elles ; onobligea les peuples de se réfugier plus avant dans les ter-res , pour éviter les pirates ; et quand ils l’eurent fait, onleur ordonna de se retirer dans les forteresses, pour se sau-ver des Turcs

Les Turcs faisaient pour lors aux Grecs une guerre sin-gulière : ils allaient proprement à la chasse des hommes ;ils traversaient quelquefois deux cents lieues de payspour faire leurs ravages. Comme ils étaient divisés sousplusieurs sultans, on ne pouvait pas, par des présents,faire la paix avec tous, et il était inutile de la faire avecquelques-uns 2 . Ils s’étaient faits mahométans ; et le zèlepour leur religion les engageait merveilleusement à rava-ger les terres des chrétiens. D’ailleurs, comme c’étaientles peuples les plus laids de la terre, leurs femmes étaientaffreuses comme eux 3 ; et dès qu’ils eurent vu des Grec-

1 Pachymère, liv. VII.

2 Cantacuzène, liv. III, ch. xcvi;et Pachymère, liv. XI, ch. ix.

* Cela donna lieu à cette tradition du nord, rapportée par le GothJornandès, que Philimer, roi des Goths, entrant dans les terres gétiques,y ayant trouvé des femmes sorcières, il les chassa loin de son armée,qu’elles errèrent dans les déserts, où des démons incubes s’accouplèrentavec elles, d’où vint la nation des Huns. Genus ferocissimum, quodfuitprimum inter paludes, minutum, tetrum, atque exile , nec alia vocenotum , nüi quœ humani scrmonis miaginem assignabal.