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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LYSIMAQUE.

suis trouvé les mains élevées au ciel, et faisant des effortspour dire : « Grand Jupiter, si Lysimaque doit régner,fais qu’il règne avec justice ! Lysimaque, vous régnerez :croyez un homme qui doit être agréable aux dieux, puis-qu’il souffre pour la vertu.

Cependant Alexandre ayant appris que je respectais lamisère de Callisthène, que j’allais le voir, et que j’osaisle plaindre, il entra dans une nouvelle fureur : « Va, dit-il , combattre contre les lions, malheureux qui te plaistant à vivre avec les bêtes féroces. » On différa mon sup-plice , pour le faire servir de spectacle à plus de gens.

Le jour qui le précéda, j’écrivis ces mots à Callisthène :« Je vais mourir. Toutes les idées que vous m’aviez don-nées de ma future grandeur se sont évanouies de mon es-prit. J’aurais souhaité d’adoucir les maux d’un hommetel que vous. »

Prexape, à qui je m’étais confié, m’apporta cette réponse:« Lysimaque, si les dieux ont résolu que vous régniez,Alexandre ne peut pas vous ôter la vie ; car les hommesne résistent pas à la volonté des dieux. »

Cette lettre m’encouragea ; et, faisant réflexion que leshommes les plus heureux et les plus malheureux sont éga-lement environnés de la main divine, je résolus de me con-duire , non pas par mes espérances, mais par mon cou -rage, et de défendre jusqu’à la fin une vie sur laquelle ily avait de si grandes promesses.

On me mena dans la carrière. Il y avait autour de moi unpeuple immense, qui venait être témoin de mon courageou de ma frayeur. On me lâcha un lion. J’avais plié monmanteau autour de mon bras : je lui présentai ce bras, ilvoulut le dévorer ; je lui saisis la langue, la lui arrachai,et le jetai à mes pieds.