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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LETTRES PERSANES.

les intérêts soient mêlés avec ceux de la Perse, parce qu’ilest ennemi des Turcs comme nous.

Son empire est plus grand que le nôtre : car on comptedeux mille lieues depuis Moscou jusqu’à la dernière placede ses États du côté de la Chine.

Il est le maître absolu de la vie et des biens de ses sujets ,qui sont tous esclaves, à la réserve de quatre familles. Lelieutenant des prophètes , le roi des rois, qui a le ciel pourmarchepied, ne fait pas un exercice plus redoutable de sapuissance.

A voir le climat affreux. de la Moscovie, on ne croiraitjamais que ce fût une peine d’en être exilé : cependant, dèsqu’un grand est disgracié, on le relègue en Sibérie.

Comme la loi de notre prophète nous défend de boire duvin, celle du prince le défend aux Moscovites.

Ils ont une manière de recevoir leurs hôtes qui n’est pointdu tout persane. Dès qu’un étranger entre dans une maison,le mari lui présente sa femme; l’étranger la baise, et celapasse pour une politesse faite au mari.

Quoique les pères, au contrat de mariage de leurs filles,stipulent ordinairement que le mari ne les fouettera pas,cependant on ne saurait croire coihbien les femmes moscovi-tes aiment à être battues ; elles ne peuvent comprendre qu’el-les possèdent le cœur de leur mari, s’il ne les bat comme ilfaut. Une conduite opposée, de sa part, est une marque d’in-différence impardonnable. Voici une lettre qu’une d’ellesécrivit dernièrement à sa mère :

« Ma chèjre mère,

« Je suis la plus malheureuse femme du monde ; il n’y a« rien que je n’aie fait pour me faire aimer de mon mari, et«jeii’ai jamais pu y réussir. Hier, j’avais mille affaires« dans la maison; je sortis, et je demeurai tout le jour dehors :« je crus, à mon retour, qu’ il me battrait bien fort ; mais il« ne me dit pas un seul mot. Ma sœur est bien autrement