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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LETTRES PERSANES.

un insensé qui voudrait jouir de la lumière du soleil à l’exclu-sion des autres hommes.

Ici un mari qui aime sa femme est un homme qui n’a pasassez de mérite pour se faire aimer d’une autre; qui abuse dela nécessité de la loi pour suppléer aux agréments qui luimanquent; qui se sert de tous ses avantages au préjudice d’unesociété entière ; qui s’approprie ce qui ne lui avait été donnéqu’en engagement, et qui agit autant qu’il est en lui pour ren-verser une convention tacite qui fait le bonheur de l’un et del’autre sexe. Ce titre de mari d’une jolie femme, qui se cacheen Asie avec tant de soin , se porte ici sans inquiétude. On sesent en état de faire diversion partout. Un prince se console dela perte d’une place par la prise d’une autre : dans le tempsque le Turc nous prenait Bagdad, n’enlevions-nous pas auMogol la forteresse de Candahar ?

Un homme qui en général souffre les infidélités de sa femmen’est point désapprouvé ; au contraire, on le loue de sa pru-dence : il n’y a que les cas particuliers qui déshonorent.

Ce n’est pas qu’il n’y ait des dames vertueuses, et on peutdire qu’elles sont distinguées ; mon conducteur me les faisaittoujours remarquer : mais elles étaient toutes si laides, qu’ilfaut être un saiut pour ne pas haïr la vertu.

Après ce que je t’ai dit des mœurs de ce pays-ci, tu t’imaginesfacilement que les Français ne s’y piquent guère de constance.Ils croient qu’il est aussi ridicule de jurer à une femme qu’onl’aimera toujours, que-de soutenir qu’on se portera toujoursbien, ou qu’on sera toujours heureux. Quand ils promettentà une femme qu’ils l’aimeront toujours, ils supposent qu’elle,de son côté, leur promet d’être toujours aimable; et si ellemanque à sa parole, ils ne se croient plus engagés à la leur.

A Paris, le 7 de la lune de Zilcadé, 1714.