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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LETTRES PERSANES.

que les peuples d’Asie, comme les Turcs et les Tartares,firent des conquêtes, soumis à la volonté d’un seul, ils nesongèrent qu’à lui donner de nouveaux sujets, et à établir parles armes son autorité violente ; mais les peuples du nord, li-bres dans leur pays, s’emparant des proviuces 'romaines, nedonnèrent point à leurs chefs une grande autorité. Quelques-unsmême de ces peuples, comme les Vandales en Afrique, lesGoths en Espagne, déposaient leurs rois dès qu’ils n’en étaientpas satisfaits ; et, chez les autres, l’autorité du prince étaitbornée de mille manières différentes : un grand nombre deseigueurs la partageaient avec lui; les guerres n’étaient entre-prises que de leur consentement ; les dépouilles étaient par-tagées entre le chef et les soldats ; aucun impôt en faveur duprince; les lois étaient faites dans les assemblées de la nation.Voilà le principe fondamental de tous ces États, qui se formè-rent des débris de l’empire romain.

A Yenise, le 20 de la lune de Rhégeb, 17 10 .

CXXXII. RICA A ***.

Je fus, il y a cinq ou six mois, dans un café ; j’y remarquaiun gentilhomme assez bien mis qui se faisait écouter : il par-lait du plaisir qu’il y avait de vivre à Paris; il déplorait sa si-tuation d’être obligé de vivre dans la province. J’ai, dit-il,quinze mille livres derentesen fonds de terre,et je me croiraisplus heureux si j’avais le quart de ce bien-là en argent et eneffets portables partout. J’ai beau presser mes fermiers, et lesaccabler de frais de justice, je ne fais que les rendre plus insol-vables : je n’ai jamais pu voir cent pistoles à la fois. Si je de-vais dix mille francs, on me ferait saisir toutes mes terres, etje serais à l’hôpital.

Je sortis sans avoir fait grande attention à tout ce discours;mais, me trouvant hier dans ce quartier, j’entrai dans la mêmemaison, etj’yvisun homme grave, d’un visage pâle et allongé,qui, au milieu de cinq ou six discoureurs, paraissait morne