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LETTRES PERSANES.
point notre vertu, il ne soupçonnait que sa faiblesse ; nousvoyous bien que les hommes ne sont point faits comme lui ;c’est à vous sans doute qu’ils ressemblent. Si vous saviez com-bien vous nous le faites haïr ! Àh! je vous donnerai souventde nouveaux sujets de haine, reprit le faux Ibrahim : vous neconnaissez point encore tout le tort qu’il vous a fait. Nous ju-geons de son injustice par la grandeur de votre vengeance,reprirent-elles. Oui, vous avez raison, dit l’homme divin;j’ai mesuré l’expiation au crime : je suis bien aise que voussoyez contentes de ma manière de punir. Mais, dirent cesfemmes, si cet imposteur revient, que ferons-nous? II luiserait, je crois, difficile de vous tromper, répondit-il : dansla place que j’occupe auprès de vous, on ne se soutient guèrepar la ruse ; et d’ailleurs je l’enverrai siloin, que vousn’ enten-drez plus parler de lui. Pour lors je prendrai sur moi le soinde votre bonheur. Je ne serai point jaloux ;jesauraim’assurerde vous sans vous gêner ; j’ai assez bonne opinion de monmérite pour croire que vous me serez fidèles : si vous n’étiezpas vertueuses avee moi, avec qui le seriez-vous? Cette con-versation dura longtemps entre lui et ces femmes, qui, plusfrappées de la différence des deux Ibrahim que de leur ressem-blance , ne songeaient pas même à se faire éclaircir de tant demerveilles. Enfin le mari désespéré revint encore les trouver :il trouva toute sa maison dans la joie, et les femmes plus in-crédules que jamais. La place n’était pas tenable pour un ja-loux : il sortit furieux ; et un instant après le faux Ibrahim lesuivit, le prit, le transporta dans les airs, et le laissa à quatrecents lieues de là.
O dieux! dans quelle désolation se trouvèrent ces femmesdans l’absence de leur cher Ibrahim! Déjà leurs eunuquesavaient repris leur sévérité naturelle ; toute la maison était enlarmes ; elles s’imaginaient quelquefois que tout ce qui leurétait arrivé n’était qu’un songe ; elles se regardaient toutes lesunes les autres, et se rappelaient les njoindres circonstancesde ces étranges aventures. Enfin Ibrahim revint, toujours plus