LETTRES PERSANES.
482
disait-il. Je tiens une expérience ; il faut la pousser plus loin.FJ) ! pourquoi un esprit ne pourrait-il pas transmettre à sonouvrage les mêmes qualités qu’il a lui-même? ne le voyons-nous pas tous les jours ? Au moins cela vaut-il bien la peinede l’essayer. Je suis las des apothicaires ; leurs sirops , leursjuleps, et toutes les drogues galéniques, ruinent les maladeset leur santé. Changeons de méthode; éprouvons la vertu desesprits. Sur cette idée, il dressa une nouvelle pharmacie,comme vous allez voir par la description que je vous vaisfaire des principaux remèdes qu’il mit en pratique.
Tisane purgative.
Prenez trois feuilles de la logique d’Aristote en grec ; deuxfeuilles d’un traité de théologie scolastique le plus aigu,comme, par exemple, du subtil Scot; quatre de Paracelse;une d’Avicenne ; six d’Averroès ; trois de Porphyre ; autantde Plotin; autant de Jamblique. Faites infuser le tout pendantvingt-quatre heures, et prenez-en quatre prises par jour.
Purgatif plus violent.
Prenez dix A. duC. concernant la B. et la C. des J. 1 ; fai-tes-les distiller au bain-marie : mortifiez une goutte de l’hu-meur âcre et piquante qui en viendra, dans un verre d’eaucommune : avalez le tout avec confiance.
Vomitif.
Prenez six harangues; une douzaine d’oraisons funèbresindifféremment, prenant garde pourtant de ne point se servirde celles de M. de N. 2 ; un recueil de nouveaux opéras ; cin-quante romans ; trente mémoires nouveaux. Mettez le toutdans un matras ; laissez-le en digestion pendant deux jours ;puis faites-le distiller au feu de sable. Et si tout cela ne suf-fit pas,
■ Dix Arrêts du conseil concernant la Bulle et la Constitution desJésuites. (P.)
2 Fléchier, évêque de Nîmes, (P.)