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LETTRES PERSANES.
que tu as écrite depuis a été surprise à trois lieues d’ici. Je nesais ce que c’est : tout se tourne malheureusement.
Cependant tes femmes ne gardent plus aucune retenue : de-puis la mort du grand eunuque, il semble que tout leur soitpermis; la seule Roxane est restée dans le devoir, et conserve dela modestie. On voit les mœurs se corrompre tous les jours.On ne trouve plus sur le visage de tes femmes cette vertu mâleet sévère qui y régnait autrefois : une joie nouvelle, répanduedans ces lieux, est un témoignage infaillible, selon moi, dequelque satisfaction nouvelle. Dans les plus petites choses, jeremarque des libertés jusqu’alors inconnues. Il règne, mêmeparmi tes esclaves, une certaine indolence pour leur devoir etpour l’observation des règles qui me surprend ; ils n’ont plusce zèle ardent pour ton service, qui semblait animer le sérail.
Tes femmes ont été huit jours à la campagne, à une de tesmaisons les plus abandonnées. On dit que l’esclave qui en asoin a été gagné, et qu’un jour avant qu’elles arrivassent ilavait fait cacher deux hommes dans un réduit de pierre quiest dans la muraille de la principale chambre, d’ou ils sortaientle soir lorsque nous étions retirés. Le vieux eunuque qui està présent à notre tête est un imbécile à qui l’on fait croire toutce qu’on veut.
Je suis agité d’une colère vengeresse contre tant de perfidies ;et si le ciel voulait, pour le bien de ton service, que tu mejugeasses capable de gouverner, je te promets que, si tes fem-mes n’étaient pas vertueuses, au moins elles seraient fidèles.
Du sérail d’Ispahan, le 0 de la lune de Rebiab I , 1719.
CLII. NARSIT A USBEK.
A Paris.
Roxane et Zélisont souhaité d’aller à la campagne; je n’aipas cru devoir le leur refuser. Heureux Usbek ! tu as des fem-mes fidèles et des esclaves vigilants : je commande en des lieux