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LE TEMPLE DE GNIDE.
Quelques savants n’y ont point reconnu ce qu’ils appellent l’art. Il n’estpoint, disent-ils, selon les règles. Mais si l’ouvrage a plu, vous verrezque le cœur ne leur a pas dit toutes les règles.
Un homme qui se mêle de traduire ne souffre point patiemment quel’on n’estime pas son auteur autant qu’il le fait; et j’avoue que ces mes-sieurs m’ont mis dans une furieuse colère : mais je les prie de laisser lesjeunes gens juger d’un livre qui, en quelque langue qu’il ait été écrit,a certainement été fait pour eux. Je les prie de ne point les troubler dansleurs décisions. Il n’y a que des tètes bien frisées et bien poudrées quiconnaissent tout le mérite du Temple de Guide.
A l’égard du beau sexe, à qui je dois le peu de moments heureux queje puis compter dans ma vie, je souhaite de tout mon cœur que cet ou-vrage puisse lui plaire. Je l’adore encore, et, s’il n’est plus l’objet demes occupations, il l’est de mes regrets.
Que si les gens graves désiraient de moi quelque ouvrage moins fri-vole, je suis en état de les satisfaire. Il y a trente ans que je travaille àun livre de douze pages, qui doit contenir tout ce que nous savons surla métaphysique, la politique et la morale, et tout ce que de grandsauteurs ont oublié dans les volumes qu’ils ont donnés sur ces scien-ces-là.
PREMIER CITANT.
Vénus préfère le séjour de Gnide à celui de Paphos et d’Amathonte.Elle ne descend point de l’Olympe sans venir parmi les Gnidiens. Ellea tellement accoutumé ce peuple heureux à sa vue, qu’il ne sent pluscette horreur sacrée qu’inspire la présence des dieux. Quelquefois ellese couvre d’un nuage, et on la reconnaît à l’odeur divine qui sort deses cheveux parfumés d’ambroisie.
La ville est au milieu d’une contrée sur laqueiîe les dieux ont verséleurs bienfaits à pleines mains. On y jouit d’un printemps étemel ; laterre, heureusement fertile, prévient tous les souhaits; les troupeauxy paissent sans nombre ; les vents semblent n’y régner que pour ré-pandre partout l’esprit des fleurs; les oiseaux y chantent sans cesse :vous diriez que les bois sont harmonieux ; les ruisseaux murmurentdans les plaines ; une chaleur douce fait tout éclore ; l’air ne s’y respirequ’avec la volupté.
Auprès de la ville est le palais de Vénus. Vulcain lui-même en a bâtiles fondements ; il travailla pour son infidèle quand il voulut lui faireoublier le cruel affront qu’il lui fît devant les dieux.
11 me serait impossible de donner une idée des charmes de cepa-