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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LÉ TEMPLE DE GNIDE.

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le poison coula au cœur de la déesse. Quoi! dit-elle, j’aimerais unmortel? hélas! je sens que je l’adore. Qu’on ne m’adresse plus devœux : il n’y a plus à Gnide d’autre dieu qu’Adonis.

Ce fut dans ce lieu qu’elle appela les Amours, lorsque, piquée d’undéfi téméraire, elle les consulta. Elle était en doute si elle s’exposeraitnue aux regards du berger troyen. Elle cacha sa ceinture sous ses che-veux ; ses nymphes la parfumèrent ; elle monta sur son char traîné pardes cygnes, et arriva dans la Phrygie. Le berger balançait entre Ju-non et Pallas; il la vit, et ses regards errèrent et moururent. Lapomme d’or tomba aux pieds de la déesse, il voulut parler, et son dé-sordre décida.

Ce fut dans ce temple que la jeune Psyché vint avec sa mère, lors-que l’Amour, qui volait autour des lambris dorés, fut surpris lui-mêmepar un de ses regards. 11 sentit tous les maux qu’il fait souffrir. C’estainsi, dit-il, que je blesse! Je ne puis soutenir mon arc ni mes flè-ches. XI tomba sur le sein de Psyché. Ah ! dit-il, je commence à sentirque je suis le dieu des plaisirs.

Lorsqu’on entre dans ce temple, On sent dans le cœur un charmesecret qu’il est impossible d’exprimer : l’âme est saisie de ces ravisse-ments que les dieux ne sentent eux-mêmes que lorsqu’ils sont dansla demeure céleste. .

Tout ce que la nature a de riant est joint à tout ce que l’art a puimaginer de plus noble et de plus digne des dieux.

Une main, sans doute immortelle, l’a partout orné de peintures quisemblent respirer. On y voit la naissance de Vénus, le ravissementdes dieux qui la virent, son embarras de se voir toute nue, et cettepudeur qui est la première des grâces.

On y voit les amours de Mars et delà déesse. Le peintre a représentéle dieu sur son char,'fier et même terrible. La Renommée vole autourde lui; la Peur et la Mort marchent devant ses coursiers couverts d’é-cume ; il entre dans la mêlée, et une poussière épaisse commence àle dérober. D’un autre côté, on le voit couché languissamment sur unlit de roses ; il sourit à Vénus : vous ne le reconnaissez qu’à quelquestraits divins, qui restent encore. Les Plaisirs font des guirlandes dontils lient les deux amants : leurs yeux semblent se confondre; ils sou-pirent ; et, attentifs l’un à l’autre, ils ne regardent pas les Amours quise jouent autour d’eux.

11 y a un appartement séparé où le peintre a représenté les nocesde Vénus et de Vulcain : toute la cour céleste y est assemblée. Le