CÉPHISE ET L’AMOUR.
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Non, dit-elle, ce n’est que pour augmenter mes tourments que lecruel Amour me fait voir un amant si tendre.
Nous trouvâmes Apollon assis auprès d’une fontaine : il avait suiviDiane, qu’un daim timide avait menée dans ces bois. Je le reconnusà ses blonds cheveux, et à la troupe immortelle qui était autour delui. Il accordait sa lyre : elle attire les rochers; les arbres la suivent,les lions restent immobiles. Mais nous entrâmes plus avant dans lesforêts, appelés en vain par cette divine harmonie.
Où croyez-vous que jetrouvai l’Amour ? Je le trouvai sur les lèvresde Thémire ; je le trouvai ensuite sur son sein ; il s’était sauvé à sespieds , je l’y trouvai encore ; il se cachasous ses genoux, je le suivis ;et je l’aurais toujours suivi, si Thémire tout en pleurs, Thémireirritée, nem’eût arrêté,. Il était à sa dernière retraite : elle est si char-mante, qu’il ne saurait la quitter. C’est ainsi qu’une tendre fauvette,que la crainte et l’amour retiennent sur ses petits, reste immobilesous la main avide qui s’approche, et ne peut consentir à les aban-donner.
Malheureux que je suis ! Thémire écouta mes plaintes, et ellen’en fut point attendrie ; elle entendit mes prières , et elle devintplus sévère. Enfin je fus téméraire : elle s’indigna, je tremblai ; elleme parut fâchée, je pleurai ; elle me rebuta , je tombai, et je sentisque mes soupirs allaient être mes derniers soupirs, si Thémire n’a-vait mis la mainscr mon cœur, et n’y eût rappelé la vie.
Non, dit-elle, je ne suis pas si cruelle que toi; car je n’ai jamaisvoulu te faire mourir, et tu veux m’entralnerdans la nuit du tombeau.
Ouvre ces yeux mourants, si tu ne veux que les miens se fermentpour jamais.
Elle m’embrassa : je reçus ma grâce, hélas ! sans espérance de de-venir coupable 1 .
Comme la pièce suivante m’a paru être du même auteur, j’ai cru devoirla traduire, et la mettre ici.
CÉPHISE ET L’AMOUR.
Un jour que j’errais dans les bois d'Idalie avec la jeune Cépliise, jetrouvai l’Amour qui dormait couché sur des fleurs , et couvert par
1 Cette bagatelle ingénieuse et délicate est d’autant plus froide qu’elleest plus travaillée, et qu’elle annonce la prétention d’être poète en prose,