ARSACE ET 1SMÉNIE.
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dehors avec une troupe de gens d’élite, composée de Margiens et dequelques braves gens qui étaient à moi. Nous battîmes plusieurs deleurs partis. Un corps de cavalerie empêchait qu’on ne leur envoyâtdes vivres. Ils n’avaient point de machines pour faire le siège de laville. Notre corps d’armée grossissait tous les jours. Us se retirèrent,et la Margiane fut délivrée.
« Dans le bruit et le tumulte de cette cour, je ne goûtais que defausses joies. Ardasire me manquait partout, et toujours mon cœurse tournait vers elle. J’avais connu mon bonheur, et je l’avais fui ;j’avais quitté des plaisirs réels, pour chercher des erreurs.
« Ardasire, depuis mon départ, n’avait point eu de sentiment quin’eût d’abord été combattu par un autre. Elle avait toutes les pas-sions; elle n’était contente d’aucune. Elle voulait se taire, elle vou-lait se plaindre ; elle prenait la plume pour m’écrire, le dépit lui fai-sait changer de pensées ; elle ne pouvait se résoudre à me marquer dela sensibilité, encore moins de l’indifférence; mais enfin la douleurde son âme fixa ses résolutions, et elle m’écrivit cette lettre :
« Si vous aviez gardé dans votre cœur le moindre sentiment de« pitié, vous ne m’auriez jamais quittée; vous auriez répondu à un« amour si tendre, et respecté nos malheurs; vous m’auriez sacrifié« des idées vaines, cruel ! vous croiriez perdre quelque chose en pér-il dant un cœur qui ne brûle que pour vous. Comment pouvez-vous« savoir si, ne vous voyant plus, j’aurai le courage de soutenir la vie ?« Et si je meurs, barbare, pouvez-vous douter que ce ne soit par« vous? O dieux, par vous, Arsace! Mon amour, si industrieux à« s’affliger, ne m’avait jamais fait craindre ce genre de supplice. Je« croyais que je n’aurais jamais à pleurer que vos malheurs , et que« je serais toute ma vie insensible sur les miens... »
« Je ne pus lire cette lettre sans verser des larmes. Mon cœur futsaisi de tristesse, et au sentiment de pitié se joignit un cruel remordsde faire le malheur de ce que j’aimais plus que ma vie.
« Il me vint dans l’esprit d’engager Ardasire à venir à la cour : jene restai sur cette idée qu’un moment.
« La cour de Margiane est presque la seule d’Asie où les femmesne sont point séparées du commerce des hommes. Le roi était jeune :je pensai qu’il pouvait tout, et je pensai qu’il pouvait aimer. Ardasireaurait pu lui plaire, et cette idée était pour moi plus effrayante quemille morts.