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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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ÀRSACE et isménie.

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mer le bien, de quelque main qu’il pût venir. D’ailleurs, connais-sant la beauté du caractère d’Arsace et d’Isménie, il désirait de lesfaire paraître dans leur jour. Il voulait leur concilier ce respect ques’attirent toujours les grandes âmes, dans toutes les occasions oùelles peuvent se montrer. Il cherchait à leur attirer cet amour quel’on porte à ceux qui ont éprouvé de grands malheurs. Il voulaitfaire naître cette admiration que l’on a pourtousceux qui sont capa-bles de sentir les belles passions. Enfin il croyait que rien n’étaitplus propre à faire perdre à Arsace le titre d’étranger, et à lui fairetrouver celui de Bactrien dans tous les cœurs des peuples de la Bac-triane-

Arsace jouissait d’un bonheur qui lui paraissait inconcevable.Ardasire, qu’il croyait morte, lui était rendue; Ardasire était Ismé-nie ; Ardasire était reine de Bactriane, Ardasire l’en avait fait roi. Ilpassait du sentiment de sa grandeur au sentiment de son amour. 11aimait ce diadème, qui, bien loin d’être un signe d’indépendance,l’avertissait sans cesse qu’il était à elle; il aimait ce trône, parcequ’il voyait la main qui l’y avait fait monter.

Isménie goûtait pour la première fois le plaisir de voir qu’elle étaitune grande reine. Avant l’arrivée d’Arsace, elle avait une grandefortune, mais il lui manquait un cœur capable de la sentir : au mi-lieu de sa cour, elle se trouvait seule ; dix millions d’hommes étaientà ses pieds, et elle se croyait abandonnée.

Arsace fit d’abord venir le prince d’Hircanie.

« Vous avez, lui dit-il, paru devant moi, et les fers ont tombéde vos mains; il ne faut point qu’il y ait d’infortuné dans l’empiredu plus heureux des mortels.

« Quoique je vous aie vaincu, je ne crois pas que vous m’ayez cédéen courage : je vous prie de consentir que vous me cédiez engénérosité. »

Le caractère de la reine était la douceur, et sa fierté naturelle dis-paraissait toujours toutes les fois qu’elle devait disparaître.

« Pardonnez-moi, dit-elle au prince d’Hircanie, si je n'ai pas ré-pondu à des feux qui n’étaient pas légitimes. L’épouse d’Arsace nepouvait pas être la vôtre : vous ne devez vous plaindre que dudestin.

« Si l’Hircanie et la Bactriane ne forment pas un même empire,

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