556
AltSACE ET ISMENIE.
Toutes les actions qui demandaient quelque sévérité, il voulait pa-raître les faire seul ; il voulut que les grâces fussent faites sous sonnom et celui d’Isménie.
« Je vous aime, lui disait-il, à cause de votre beauté divine et devos grâces toujours nouvelles. Je vous aime encore, parce que, quandj’ai fait quelque action digne d’un grand roi, il me semble que je vousplais davantage.
« Vous avez voulu que je fusse votre roi, quand je ne pensais qu’aubonheur d’être votre époux ; et ces plaisirs dont je m’enivrais avecvous, vous m’avez appris à les fuir lorsqu’il s’agissait de ma gloire.
« Vous avez accoutumé mon âme à la clémence; et lorsque vousavez demandé des choses qu’il n’était pas permis d’accorder, vousm’avez toujours fait respecter ce cœur qui les avait demandées.
« Les femmes de votre palais ne sont point entrées dans les intri-gues de la cour; elles ont cherché la modestie, et l’oubli de tout cequ’elles ne doivent point aimer.
« Je crois que le ciel a voulu faire de moi un grand prince, puis-qu’il m’a fait trouver, dans les écueils ordinaires des rois, des secourspour devenir vertueux. »
Jamais les Bactriens ne virent des temps si heureux. Arsace etIsménie disaient qu’ils régnaient sur le meilleur peuple de l’univers;les Bactriens disaient qu’ils vivaient sous les meilleurs de tous lesprinces.
H disait qu’étant né sujet, il avait souhaité mille fois de vivre sousun bon prince, et que ces sujets faisaient sans doute les mêmes vœuxque lui.
11 ajoutait qu’ayant le cœur d’Isménie, il devait lui offrir tous lescœurs de l’univers :il ne pouvait lui apporter un trône, mais desvertus capables de le remplir.
11 croyait que son amour devait passer à la postérité, et qu’il n’ypasserait jamais mieux qu’avec sa gloire. Il voulait qu’on écrivît cesparoles sur son tombeau : Isménie a eu pour époux un roi chérides mortels-
11 disait qu’il aimait Aspar, son premier ministre, parce qu’il par-lait toujours des sujets, plus raremen t du roi, et jamais de lui-même.
« Il y a, disait-il, trois grandes choses : l’esprit juste, le cœur sen-sible , et l’âme sincère. »
Arsace parlait souvent de l’innocence de son administration. Il di-