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Tome I.
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MONUMENTS DU XI e SIECLE.

époque, et rappellent parfaitement tout ce que lasculpture monumentale prodiguait alors de détails surles chapiteaux et les différentes membrures des édi-fices. Les monstres chimériques, aux membres bizar-rement contournés, et surtout les deux médaillonsremplis de rinceaux qui occupent les extrémités de lafeuille de droite, rappellent également, avec une ana-logie parfaite, les initiales fleuronnées de certains ma-nuscrits transcrits en Normandie vers la fin du xi c siècle.

Une particularité dont nous avons déjà signaléplusieurs exemples, c’est que, quoique destinés pri-mitivement à un usage sacré, ces deux feuillets neprésentent aucun emblème religieux ; la fantaisie et lecaprice ont seuls fait tous les frais de leur décoration.On perdrait son temps à chercher une significationaux figures qui remplissent le vide des rinceaux de lafeuille de gauche, ce ne sont évidemment que des jeuxd’imagination. Quant aux deux principaux médaillonsde la feuille de droite, on ne peut douter que 1 artisten’ait eu l’intention d’y représenter deux signes duzodiaque : le sagittaire et le capricorne. Les monumentsde cette époque, chapiteaux, frontons, etc., sur les-quels on trouve reproduits ces deux signes, à l’exclu-sion de tous les autres, sont extrêmement communs,et aucun antiquaire, que nous sachions, n’a encoretenté d’expliquer le motif delà prédilection des artistespour ces deux emblèmes astronomiques.

PLANCHE 43.

FRAGMENTS DE LA TAPISSERIE DE LA REINEMATHILDE , CONSERVÉE A BAYEUX .

La tapisserie dite de la reine Mathilde est mainte-nant tellement connue par les descriptions et les mé-moires spéciaux de Lancelot (Académie des Inscript.,t. IX et XII ) , de Montfaucon ( Monuments de lamonarch. j fr., t. II et Y), de Ducarel ( Anglo-norm.antiq.) , de l’abbé Delarue ( Archœologia , t. XVII, etc.),de MM. Gurney, Amyot et Stothard ( Archœologia,passim.), de Smart Le Thieullier, de MM. LéchaudéD’Anisy et Delaunay (à la suite de la traduction desAntiquités de Ducarel), de M. Jubinal ( Anciennestapisseries, etc.), et enfin par les notices et les di-gressions accessoires d’une foule d’autres critiques,qu’il serait aujourd’hui surabondant de vouloir la dé-crire de nouveau. Nous nous bornerons donc à spéci-fier les principales particularités qui la caractérisent,et à résumer, en peu de mots, les discussions auxquelleselle a donné lieu.

Cette tapisserie, ou plutôt cette broderie historique,

que l’on conserve dans le trésor de la cathédrale deBayeux depuis un temps immémorial, sans que l’onait toutefois retenu aucune tradition certaine tou-chant son origine, se compose d’une longue pièce detoile blanche, jaunie par le temps, de deux cent douzepieds de longueur, sur dix-neuf pouces de largeur.Le long de cette toile, sur une hauteur d’à peu prèstreize pouces, et entre deux bordures de trois pouceschacune, est brodée à l’aiguille, en laines grossière-ment torses et de diverses couleurs, maintenant fortaltérées, une suite de cinquante-cinq scènes, séparéesles unes des autres par un arbre. Des inscriptions la-tines, placées au-dessus des figures, expliquent lesprincipaux sujets. Ces scènes composent en quelquesorte trois actes d’un grand drame historique, qui apour sujet une partie de la vie de Guillaume-le-I.

Conquérant. Ainsi, le premier acte, contenant quinzescènes, embrasse tout ce qui a rapport à l’ambassaded’Harold vers Guillaume, à sa captivité sur les terresde Gui, comte de Ponthieu, et a sa délivrance. Le se-cond acte, composé de neuf scenes, expose les diffé-rends que le duc Guillaume eut avec la Bretagne etleurs suites ; il représente en outre la circonstance duserment que le duc fit prêter à Harold dans la cathé-drale de Bayeux , afin de l’enchaîner a son parti. Enfin,le troisième acte, qui forme trente-une scènes, re-présente la mort d’Edouard , l’usurpation et le cou-ronnement de Harold, la descente de Guillaume surles côtes d’Angleterre. La bataille d’Hastings et lamort d’Harold terminent ce grand drame, interrompupourtant vers la fin, et que l’on suppose avoir dû con-tenir en outre la marche triomphante du vainqueurvers Londres , son entrée dans cette capitale et soncouronnement.

> Gette longue frise historique, brodée comme nous1 avons dit sur une pièce de toile dont le tissu, laissé ànu, forme tous les fonds, est bordée à ses deux lisièresd’une large bande historiée, sur laquelle l’artiste areprésenté, au commencement, une suite de dix àdouze fables qu’on retrouve dans Esope et dans Phè-dre. Puis bientôt à ce travail, interrompu brusque-ment, succèdent des animaux, des oiseaux, des satyres,des minotaures, des sphinx et autres monstres de touteespèce, parmi lesquels on est fort étonné de rencon-trer quelques sujets obsènes. Enfin, tout à l’extrémité,au-dessous de la représentation de la bataille d’Has-tings , l’artiste, resserré dans un espace trop étroitpour une action qui nécessitait autant de détails, a en-tassé, dans la bordure inférieure, des morts, des bles-sés , des débris d’armures et enfin tout ce qui signaleune défaite.

La fixation de l’époque et la détermination du per-sonnage auxquels on doit rapporter l’exécution de cesingulier monument ont vivement préoccupé les anti-quaires, depuis le moment où son existence a été révéléeau monde savant; car il n’y a guère plus d’un siècleque Montfaucon le tira de son long oubli, et encore,lorsque ce savant en publia les premiers dessins, igno-rait-il d’où ils provenaient et s’ils avaient été copiésd’après un tableau, un bas-relief ou une peinture surverre. Lorsqu’enfin, après de longues recherches, ilparvint à découvrir l’original, on avait complètementperdu la tradition de sa piovenance, et la mention laplus ancienne que l’on pût citer à son égard était cetarticle d’un vieil inventaire daté de 1476 : « Item, une« tente très longue et estroite de telle à broderie de« ymages et escriptaulx faisans représentation de la« conqueste d’Angleterre, laquelle est tendue environ« la nief de l’église le jour et par les octaves des reli-« ques. «Du l’este, aucune tradition, même orale, quirapportât l’exécution de cette tapisserie plutôt à lareine Mathilde qu’à tout autre personnage historique.Du temps de Lancelot et de Montfaucon, on ne laconnaissait à Bayeux que sous le nom de la toilette duduc Guillaume, et ces écrivains ne lui en donnent pasd’autre lorsqu’ils en parlent dans leurs ouvrages. Ce-pendant, comme les dissertations de ces deux savantstendirent à prouver que cette tapisserie devait êtrel’ouvrage de la reine Mathilde et des dames de sa cour,l’usage s’établit peu à peu de la considérer commeétant en effet de cette princesse ; et enfin, lorsque,sous l’empire, Napoléon la fit transporter à Paris , afind’échauffer l’esprit public en faveur de la grande expé-dition qu’il méditait contre l’Angleterre, elle y lut pré-

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