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Tome II.
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MONUMENTS DU XV e SIÈCLE.

deux étages, s’élève sur une base en pierre, dénuée detout ornement. Le premier étage comprend trois tra-vées symétriques, encadrant chacune deux fenêtresaccolées, et de tout point semblables à celle que re-présente notre Planche. Le second étage répète lamême décoration, mais avec moins d’élévation et plusde simplicité dans les détails d’ornement. Cette gra-cieuse façade, entièrement exécutée en membrures eten panneaux de bois, et qu’on pourrait comparer h cetégard aux bahuts gothiques, fut construite, ainsi quele corps de bâtiment auquel elle s’applique, de i 47^à 1482, sous l’abbatiat de Thomasse Daniel, vingt etunième abbesse de Saint-Amand.

La cheminée représentée au haut de la Planche faitpartie du même corps de logis ; elle décore l’extrémitéoccidentale d’une vaste pièce à deux cheminées, quioccupe tout le premier étage. Les armoiries très mu-tilées qu’elle porte sculptées sur son manteau sontcelles de Thomasse Daniel : De gueules, à la banded’argent chargée de trois molettes de sable , accom-pagnée de deux lions (For, l’un en chef, l’autre enpointe ( dans toutes les descriptions modernes on a im-primé par erreur merlettes pour molettes ). Cette che-minée, dont notre Planche offre la partie supérieure,le profil, et un fragment de l’un des deux montantsqui supportent le dais en encorbellement, est toute enpierre. La bande ciselée, qui surmonte son manteau,est l’imitation exacte d’une claie, et la teinte bronzée,dont le temps et la fumée ont coloré cet ornement,ajoute encore à la quasi-illusion qu’il produit. Il estévident que l’encadrement vide que forme la partiesupérieure de cette cheminée devait servir à logerquelque décoration qui s’y incrustait, telle qu’un ta-bleau, une tenture, ou encore un sujet sculpté en relief,dans le genre de certains retables d’autels gothiques.

La cheminée opposée, plus simple encore que la pré-cédente , n’avait guère pour ornement qu’un simplebandeau chargé de rosaces gothiques délicatementtravaillées. Mais ce qui faisait principalement l’admira-tion des artistes, toujours empressés de visiter cettevénérable retraite, c’était une magnifique boiseriesculptée, décorée, du plancher au plafond, de pan-neaux fenestrés ou rubanés, de rosaces, de contre-fortseffilés et de chardons enlevés en relief ; un riche plafondà compartiments et à caissons quadrangulaires complé-tait cette majestueuse ordonnance. De tant d’éléganceet de luxe, il ne reste plus aujourd’hui que le souvenir.Tout a été arraché et vendu aux Anglais pour quelquefaible somme, par des propriétaires avides qui feraientbon marché du reste s’il était aussi facile à emporter.

PLANCHE 456.

CHEMINÉE DU XV e SIÈCLE, PLACÉE DANS UNEMAISON QUE L’ON CROIT AVOIR APPARTENU AUXANCIENS COMTES DE PÉRIGORD .

Les seuls renseignements que nous ayons pu nousprocurer sur la maison qui renferme celte bellecheminée, c’est qu’elle est située à Périgueux , dansl’ancien quartier du Puy-Saint-Front, rue de la Re-connaissance, n° 5 . Cette maison , que signalent en-core au dehors les restes de quelques constructionstrès anciennes, présente a son premier étage unevaste salle où se trouve la cheminée que nous dé-crivons. 11 paraît que le propriétaire de cette mai-son , peu jaloux de la possession d’un tel monument,

n’a pas hésité à l’ensevelir derrière une épaisse boi-serie. La construction de cette cheminée est rap-portée au milieu du xv e siècle, et sa décorationrappelle en effet la richesse un peu surchargée dedétails qui caractérise cette époque. Un large écus-son , ayant pour tenants deux figures armées, estplacé, suivant un usage assez généralement adopté,au centre du manteau. Le luxe d’ornements que l’ondéployait dans ces sortes de constructions, et les di-mensions gigantesques qu’on leur donnait, même dansles maisons particulières (l’ouverture de ces chemi-nées n’ayant jamais moins de six pieds de hauteur),causeront moins d’étonnement lorsque l’on sauraqu’il n’y avait généralement à cette époque qu’uneseule cheminée dans une maison ; et que toute la fa-mille , jusqu’aux domestiques, se rassemblait autour.La salle où se trouvait ce vaste foyer commun s’ap-pelait la chambre ménagère : on y vivait en famille ;on y vaquait à tous les soins du ménage. C’est ce quiexplique pourquoi le grand Condé, un jour qu’il re-venait d’assister à la tenue des états de Bourgogne ,disait à Louis XIV : « Sire, votre province de Bour-gogne est bien riche, les cuisines y sont tapissées. »(Delaquerière ; Maisons de Rouen , p. 57.) Dans l’été,pour déguiser la nudité de l’espèce d’antre obscur queformait faire immense de ces cheminées, on y sus-pendait de riches tentures, comme on le voit surnotre Planche, pour l’ornement de laquelle le gra-veur a emprunté un motif de tapisserie aux minia-tures d’un magnifique Aristote que possède la Biblio-thèque de Rouen ; ou bien encore on les jonchait defeuillée verte, et à cette occasion on peut se rappelerune anecdote passablement scandaleuse, racontée parBrantôme, sur François I er et Bonnivet; ou enfin onles fermait entièrement avec un châssis de boiseriedestiné à cet usage, ainsi qu’on peut le remarquerdans un admirable tableau de Lucas de Leyde , ex-posé dans la galerie du Louvre, et qui représentel’Annonciation.

FLANCHE 457.

CHEMINÉE EN BRIQUES, BOIS ET PIERRE, D’UNEMAISON DE ROUEN (XV e SIÈCLE).

La maison où se trouve cette curieuse cheminéeest située à Rouen , rue de la Pie, n. ai, précisémenten face de celle qui vit naître le grand Corneille .Comme cette maison a été réédifiée presque de fonden comble, postérieurement à la construction de cettecheminée, il est imposible de déterminer maintenantquelle était sa distribution primitive, sa décorationextérieure, et de présumer à quels personnages elleavait appartenu. Il ne subsiste plus d’autres tracesde son ancien état, qui dut être splendide, que cettesingulière construction, reléguée dans un rez-de-chaussée obscur qui sert actuellement de magasin àun tonnelier. Il est évident, d’après l’applicationdes hermines de Bretagne entremêlées aux lis deFrance sur les pieds-droits qui supportent le manteau,que la construction de cette cheminée ne peut daterque du régné d’Anne de Bretagne , successivementépouse des deux rois Charles VIII et Louis XII ,c’est-à-dire de 149 1 à 1 5 1 4 - Un écusson, soutenu pardeux génies, et timbré d’un casque de profil, orne lemilieu du manteau; il est chargé d’un chevron fretté,que le graveur a changé, de son propre chef, en her-