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Tome II.
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MONUMENTS DES XV e ET XVI e SIÈCLES.

PLANCHE 196.

DECORATION INTÉRIEURE DES MAISONS,

REPRÉSENTÉE DANS LES PEINTURES DE DEUXMANUSCRITS DU XV e SIÈCLE.

Le petit retrait où le bon roi René se livre à l’é-tude présente un exemple aussi curieux que completd’un riche cabinet de travail du xv e siècle, et rappelletous ces jolis intérieurs flamands que le pinceau desMetzys et des Lucas de Leyde se plut à meubler de dé-tails si exquisement travaillés. On retrouve dans notrecharmante miniature à peu près tous les objets et lesaccessoires qui composaient le mobilier d’un sembla-ble appartement au xv e siècle : la haute chaire oufal-disloire, à dosseret élevé, garni d’une tenture, et sur-monté d’un dais, réduit ici à une simple tablette ser-vant , au besoin, à supporter des livres et des usten-siles ; le long banc servant de coffre, avec sa couette oucarreau mollet pour ^’y reposer ; la bibliothèque ,pourvue de son rideau de serge à crépines ; l’horlogeà poids ; le petit miroir circulaire dans un large cadreappelé châsse, autour duquel on a incrusté d’autresmiroirs plus petits, pour récréer les yeux par le jeude leurs facettes ; la fenêtre, au centre de laquelle ona inséré un médaillon de verre peint ; le pavageémaillé, et enfin le plafond, arrondi en al’cade sur-baissée et doublé de bardeau.

Avant de parler des détails du sujet inférieur, nousavons besoin de rectifier le titre fautif qu’on lui a im-posé, et de restituer à la petite scène qu’il présentesa naïve singularité. Nous ne comprenons pas com-ment il a pu tomber dans l’esprit du dessinateur quece sujet représentait une prière h saint Nicolas contrel’incendie : il n’est pei’sonne un peu au fait de la lé-gende qui ne reconnaisse de suite une des plus cu-rieuses forfanteries que l’imagination féconde deshagiographes ait prêtées au séraphique saint François.Le livre des Conformités raconte que saint Françoisse trouvant un jour chez une femme, douée sans douted’autant d’effronterie que de beauté, celle-ci l’invitaavenir partager son lit avec elle, mais que le saints’alla aussitôt planter au milieu du feu qui brûlait dansla cheminée en disant : « Voici mon lit. » Le feu,ajoute le pieux légendaire, respecta miraculeusementle saint, et la donzelle, touchée d’une si prodigieuseabnégation, se convertit aussitôt. Il est inutile , aprèsce simple récit, que nous nous arrêtions à prouverque notre miniature ne saurait représenter un autresujet.

Le petit intérieur où saint François s’amuse à jouercette pieuse espièglerie est aussi délicieux de naïvetéque la légende à laquelle il sert de théâtre. La jeunefemme, sur le point d’entrer dans son lit, est vêtued’une simple cotte lacée, au-dessous de laquelle paraîtsa chemise. Il est constant que, jusqu’au xvi e siècle, lesfemmes ne connurent point l’usage du corset baleiné,mais on voit par cet exemple qu’elles ne négligeaientcependant pas d’amoindrir et de dessiner leur taille àl’aide d’un lacet officieux. NotrePlanche rgoprésentaitdéjà un exemple de cotte lacée sur le côté, que nousavions négligé de signaler. Ici, cette partie du vête-ment est lacée sur le devant et dans toute la longueurdu buste. Il est évident que ce ne pouvait être qu’àl’aide de pareils moyens que les femmes parvenaient àse donner ces tailles souples, fines et élancées, et cescorsages dessinant parfaitement le nu, tels qu’on les

remarque principalement dans tous les monuments duxiii® siècle.

Le lit entr-’ouvert est un de ces immenses lits encour-tinés dont les pentes et le ciel s’attachaient au plafondpar des cordes, quand ils n’étaient pas supportés parun châssis portant sur des colonnes. La cheminée,semblable à celles que nous avons déjà décrites d’aprèsdes modèles existants, élève à hauteur d’homme sahotte travaillée. La petite crédence figure auprès. Onne voit point de sièges dans l’appartement, maisonremarque dans l’embrasure de la fenêtre l’entailleprofonde qu’on faisait, à cet endroit, au mur principalde l’édifice, de manière à ménager deux petits sièges dechaque côté de la baie.

Autour des deux sujets principaux que nous venonsde décrire, figurent sur notre Planche quelques mo-tifs, soit de tenture, soit d’architecture. Les deux pe-tits dais ou pinacles, quoiqüe empruntés aux minia-tures d’un manuscrit, sont exécutés avec tant de finesseet de correction qu’on les croirait volontiers copiésd’après des modèles de sculpture en bois doré.

PLANCHE 197.

INTÉRIEUR DU XV e SIÈCLE (MANUSCRIT N" 290DE LA BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL).

Cet intérieur, d’une grâce et d’un rendu exquis,est extrait d’un manuscrit de la Bibliothèque de l’Arse-nal, qui contient les Miracles de Notre-Dame, parGauthier de Coincy , et quelques autres ouvrages ha-giographiques. Deux personnages, représentant le sujetde l’Annonciation, y figuraient, mais le dessinateur ajugé à propos de les supprimer pour que rien ne dé-tournât l’attention des détails de ce petit chef-d’œuvre.Faisons l’inventaire de ce mobilier simple, mais pour-tant élégant, d’une chambre à coucher du xv e siècle.Le premier objet qui se présente, à droite, est unprie-dieu richement drapé sur lequel est posé un li-vre d’heures ouvert. Le lit vient ensuite : indépen-damment de ses courtines tombantes ou relevées et deson ciel tendu sur un châssis, ce meuble principal estprotégé, alatete et aux pieds, par deux larges pentes detapisserie fleuronnée qui l’enferment comme dans unréduit. L’oreiller, d’ung coustil blanc comme ung ci-gne, fendu selon l’usage par un côté, et paré auxquatre coins de houppes pendantes, est dressé contre letraversin. Devant le lit, est étendue sur le pavé unenatte de jonc, longue et étroite, et près de la tête onvoit un petit pliant garni d’une riche étoffe verte à fleursd’or, qui tient lieu de cette chaire près du lit approchée,pour deviser à Vaccouchée, dont parle Corrozet dansses Blasons. Toutprèsde la têtedulit, on remarque ap-pendu à la muraille, un élégant cadre gothique con-tenant l’oraison à réciter matin et soir. Puis vient lapetite horloge à poids, ou à plombs, comme on disaitalors, avec son timbre ou nolette qui la surmonte. Lebuffet à dossier richement travaillé, couvert de sablanche touaille, qui tombe des deux côtés jusqu’àterre, et supportant un grand bassin doré, complètecet élégant ameublement, dont la simplicité pleine decharme respire le naturel le plus parfait. Le lis qu’onvoit figurer dans un vase sur le buffet, et que nousavonsomis à dessein, rentre dans le sujet de l’Annonciationqui animait cette paisible retraite et que le dessinateura supprimé : c’est l’emblème de la pureté originelle deMarie, et, à ce titre, les artistes l’introduisirent près-