CE QUI PLAIT AUX 11AMES.
Le sage prince à Marthon répondit :
« C’est de viol que je vois qu’il s’agit.
Allez plaider devant ma femme Berthe ;
En tel procès la reine est très-experte :Bénignement elle vous recevra,
Et sans délai justice se fera. »
Marthon s’incline, et va droit à la reine.
Berthe était douce, affable, accorte, humaine ;Mais elle avait de la sévéritéSur le grand point de la pudicité.
Elle assembla son conseil de dévotes.
Le chevalier, sans éperons, sans bottes,
La tête nue, et le regard baissé,
Leur avoua ce qui s’était passé ;
Que vers Charonne il fut tenté du diable,Qu’il succomba, qu’il se sentait coupable,Qu’il en avait un très-pieux remord ;
Puis il reçut sa sentence de mort.
Robert était si beau, si plein de charmes,
Si bien tourné, si frais, et si vermeil,
Qu’en le jugeant la reine et son conseilLorgnaient Robert et répandaient des larmes.Marthon de loin dans un coin soupira ;
Dans tous les cœurs la pitié trouva place.Berthe au conseil alors remémoraQu’au chevalier on pouvait faire grâce,
Et qu’il vivrait pour peu qu’il eût d’esprit ;
« Car vous savez que notre loi prescritDe pardoimer à qui pourra nous direCe que la femme en tous les temps désire;Bien entendu qu’il explique le casTrès-nettement, et ne nous fâche pas. »
La chose, étant au conseil exposée,
Eut à Robert aussitôt proposée.
La bonne Berthe, afin de le sauver,