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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LA MULE DU PAPE.

4t

Quétant si riche, on fait mal son salut.

Un temps après, notre ami BelzébutAlla dans Rome : or cétait lheureux âge Rome avait fourmilière délus ;

Le pape était un pauvre personnage,

Pasteur de gens, évêque, et rien de plus.

LEsprit malin sen va droit au saint-père,

Dans son taudis laborde, et lui dit : « Frère,

Je te ferai, si tu veux, grand seigneur. »

A ce seul mot lultramontain pontifeTombe à ses pieds ,-et lui baise la griffe.

Le farfadet, dun air de sénateur,

Lui met au chef une triple couronne :

« Prenez, dit-il, ce que Satan vous donne ;

Servez-le bien, vous aurez sa faveur. »

O papegots, voilà la belle sourceDe tous vos biens, comme savez. Et pour ceQue le saint-père avait en ce tracasBaisé lergot de messer Satanas,

Ce fut depuis chose à Rome ordinaireQue lon baisât la mule du saint-père.

Ainsi lont dit les malins huguenotsQui du papisme ont blasonné lhistoire :

Mais ces gens- sentent bien les fagots;

Et, grâce au ciel, je suis loin de les croire.

Que sil advient que ces petits vers-ciTombent ès mains de quelque galant homme,

Cest bien raison quil ait quelque souciDe les cacher, sil fait voyage à Rome.

NOTE

* Le jésuite Bouhours se servit de cette expression : Jcsus-Christ futemporté par le diable sur la montagne; cest ce qui donna lieu à ce noëlqui finit ainsi :

Car sans lui saurait-on, don, don .

Que le diable emporta, la, la.

Jésus notre bon maitrc ?