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LA BÉGUEULE.
Mais ils étaient d’un fort bon caractère.
Dans le logis des amis fréquentaient ;
Beaucoup d’aisance, une assez bonne chère ;
Les passe-temps que nos gens connaissaientJeu, bal, spectacle, et soupers agréables,
Rendaient ses jours à peu près tolérables :
Car vous savez que le bonheur parfaitEst inconnu ; pour l’homme il n’est pas fait.
Madame Arsène était fort peu contenteDe ces plaisirs. Son superbe dégoût,
Dans ses dédains, fuyait ou blâmait tout.
On l’appelait la belle impertinente.
Or admirez la faiblesse des gens :
Plus elle était distraite, indifférente,
Plus ils tâchaient, par des soins complaisants,D’apprivoiser son humeur méprisante ;
Et plus aussi notre belle abusaitDe tous les pas que vers elle on fesait.
Pour ses amants encor plus intraitable,
Aise de plaire, et ne pouvant aimer,
Son oœur glacé se laissait consumerDans le chagrin de n’avoir rien d’aimable.
D’elle à la lin chacun se retira.
De courtisans elle avait une liste ;
Tout prit parti, seule elle demeuraAvec l’orgueil, compagnon dur et triste :
Bouffi, mais sec, ennemi des ébats,
Il renfle l’âme, et ne la nourrit pas J .
La dégoûtée avait eu pour marraineLa fée Aline. On sait que ces espritsSont mitoyens entre l’espèce humaineEt la divine ; et monsieur Gabalis 1 2
1 Montaigne, chapitre xxiv du Livre I de ses Essais , a dit il enflel’âme. Note de M. Beuchot.
2 Le comte de Gabalis , ou Entretiens sut les sciences secrètes (parl’abbé Montfauconde Yiiiiers), 1070, in-12. NotedeM. Beuchot.