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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LA BÉGUEULE.

Mais ils étaient dun fort bon caractère.

Dans le logis des amis fréquentaient ;

Beaucoup daisance, une assez bonne chère ;

Les passe-temps que nos gens connaissaientJeu, bal, spectacle, et soupers agréables,

Rendaient ses jours à peu près tolérables :

Car vous savez que le bonheur parfaitEst inconnu ; pour lhomme il nest pas fait.

Madame Arsène était fort peu contenteDe ces plaisirs. Son superbe dégoût,

Dans ses dédains, fuyait ou blâmait tout.

On lappelait la belle impertinente.

Or admirez la faiblesse des gens :

Plus elle était distraite, indifférente,

Plus ils tâchaient, par des soins complaisants,Dapprivoiser son humeur méprisante ;

Et plus aussi notre belle abusaitDe tous les pas que vers elle on fesait.

Pour ses amants encor plus intraitable,

Aise de plaire, et ne pouvant aimer,

Son oœur glacé se laissait consumerDans le chagrin de navoir rien daimable.

Delle à la lin chacun se retira.

De courtisans elle avait une liste ;

Tout prit parti, seule elle demeuraAvec lorgueil, compagnon dur et triste :

Bouffi, mais sec, ennemi des ébats,

Il renfle lâme, et ne la nourrit pas J .

La dégoûtée avait eu pour marraineLa fée Aline. On sait que ces espritsSont mitoyens entre lespèce humaineEt la divine ; et monsieur Gabalis 1 2

1 Montaigne, chapitre xxiv du Livre I de ses Essais , a dit il enflelâme. Note de M. Beuchot.

2 Le comte de Gabalis , ou Entretiens sut les sciences secrètes (parlabbé Montfauconde Yiiiiers), 1070, in-12. NotedeM. Beuchot.