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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LA BEGUEULE.

Mit par écrit leur histoire certaine.

La fée allait quelquefois au logisDe la filleule, et lui disait : « Arsène,

Es-tu contente à la fleur de tes ans ?

As-tu des goûts et des amusements ?

Tu dois mener une assez douce vie. »

Lautre en deux mots répondait : « Je mennuie. »« Cest un grand mal, dit la fée, et je croiQuun beau secret cest de vivre chez soi. »

Arsène enfin conjura son AlineDe la tirer de son maudit pays.

« Je veux aller à la sphère divine :

Faites-moi voir votre beau paradis ;

Je ne saurais supporter ma famille,

Ni mes amis. Jaime assez ce qui brille,

Le beau, le rare ; et je ne puis jamaisMe trouver bien que dans votre palais ;

Cest un goût vif dont je me sens coiffée. «

« Très volontiers, » dit dindulgente fée.

Tout aussitôt dans un char lumineuxVers lorient la belle est transportée.

Le char volait ; et notre dégoûtée,

Pour être en lair, se croyait dans les cieux.

Elle descend au séjour magnifiqueDe la marraine. Un immense portique,

Dor ciselé dans un goût tout nouveau,

Lui parut riche et passablement beau ;

Mais ce nest rien quand on voit le château.

Pour les jardins, cest un miracle unique ;

Marly, Versaille, et leurs petits jets deau,

Nont rien auprès qui surprenne et qui pique.

La dédaigneuse, à cette œuvre angélique,

Sentit un peu de satisfaction.

Aline dit : « Voilà votre maison ;

Je vous y laisse un pouvoir despotique,