LE BUSSE A PARTS.
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Hélas ! en leur faveur mon esprit abuséAvait cru que le Nord était civilisé.
LE RUSSE.
Je viens pour me former sur les bords de la Seine ;
C’est un Scythe grossier voyageant dans AthèneQui vous conjure ici, timide et curieux,
De dissiper la nuit qui couvre encor ses yeux.
Les modernes talents que je cherche à connaîtreDevant un étranger craignent-ils de paraître ?
Le cygne de Cambrai, l’aigle brillant de Meaux,
Dans ce temps éclairé n’ont-ils pas des égaux ?
Leurs disciples, nourris de leur vaste science,
N’ont-ils pas hérité de leur noble éloquence?
LE PARISIEN.
Oui, le flambeau divin qu’ils avaient alluméBrille d’un nouveau feu, loin d’être consumé :
Nous avons parmi nous des pères de l’Église.
LE RUSSE.
Nominez-moi donc ces saints que le ciel favorise.
LE PARISIEN.
Maître Abraham Chaumeix, Hayer le récollet »,
Et Berthier le jésuite, et le diacre Trublet,
Et le doux Caveyrac, et Nonotte, et tant d’autres i :
Ils sont tous parmi nous ce qu’étaient les apôtresAvant qu’un feu divin fût descendu sur eux :
De leur siècle profane instructeurs généreux r ,
Cachant de leur savoir la plus grande partie,
Écrivant sans esprit par pure modestie,
Et par piété même ennuyant les lecteurs.
LE RUSSE.
Je n’ai point encor lu ces solides auteurs :
Il faut que je vous fasse un aveu condamnable.
Je voudrais qu’à l’utile on joignît l’agréable ;
J’aime à voir le bon sens sous le masque des ris ;
VOLTAIRE. 10