LES DEUX SIÈCLES.
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raclèrc faible, était, à ce qu’on dit, devenu dévot dans ses dernièresannées; mais l’aventure de madame de Coetquen est postérieure à sonabjuration de la religion protestante. C’était un singulier spectacle qu’unboumie qui avait gagné des batailles, occupé le matin de savoir au justece qu’il faut croire pour n’ètrepas damné, et cherchant le soir à se damneren commettant le péché de fornication ; et que le siècle où l’on admiraittout cela était un pauvre siècle! Quoi qu’il en soit, il est très-vraisem-blable que Dieu a pardonné à Turenne ses maîtresses; mais lui a-t-ilpardonné d’avoir exécuté l’ordre de brûler le Palatinat, et de n’avoirpas renoncé au commandement plutôt que de faire le métier d’incen-diaire? K.
s On invite les lecteurs attentifs à relire quelques maximes de l’empe-reur Antonin, et à jeter les yeux, s’ils le peuvent, sur la Censure contreBélisaire. Ils trouveront dans cette censure des distinctions sur la foi etsur la loi, sur la grâce prévenante, sur la prédestination absolue ; et dansMarc-Antonin, ce que la vertu a de plus sublime et de plus tendre. Onsera peut-être un peu surpris que de petits Welches, incounus aux lion-nêles gens, aient condamné dans la rue des Maçons ce que PanciennoRome adora, et ce qui doit servir d’exemple au monde entier. Dans quelabime sommes-nous descendus! la nouvelle Rome vient de canoniser uncapucin nommé Cuculin, dont tout le mérite, à ce que rapporte le pro-cès de la canonisation, est d’avoir eu des coups de pied dans le cul, etd’avoir laissé répandre un œuf frais sur sa barbe. L’ordre (les capucinsa dépensé quatre cent mille écus aux dépens des peuples, pour célébrerdans l’Europe l’apothéose de Cuculin, sous le nom de saint Séraphin ;et Ribaudier damne Marc-Aurèle, O Ribaudier! la voix de l’Europecommence à tonner contre tant de sottises.
Lecteur éclairé et judicieux (car je ne parle pas aux bégueules imbéci-les qui n’ont lu que. VAnnée sainte de le Tourneux, ou le Pédagoguechrétien ), de grâce apprenez à vos amis quelle est l’énorme distance desOffices de Cicéron, du Manuel d’Lpictète, des Maximes de l’empereurAntonin, à tous les plats ouvrages de morale écrits dans nos jargonsmodernes, bâtards de la langue latine, et dans les effroyables jargons dunord. Avons-nous seulement, dans tous les livres faits depuis six centsans, rien de comparable à une page de Sénèque? Non, nous n’avons rienqui en approche, et nous osons nous élever contre nos maîtres (I76D}!
LES DEUX SIÈCLES.
Siècle où je vis briller un un suivi d’un quatre,
Siècle où l’on sut écrire aussi bien que combattre,D’où vient qu’à nos plaisirs a succédé l’ennui ?Ressemblons-nous du moins au Romain d’aujourd’hui,Qui, fier dans l’indigence et grand dans ses misères,Vante, en tendant la main, les trésors de ses pères?