Buch 
Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
Entstehung
Seite
148
JPEG-Download
 

NOTES.

1 - 11 $

le levier. Mais quavec de la matière et du mouvement on fasse des or-ganes sentants et des têtes pensantes, sitôt que Dieu y aura mis une âme,cela est bien fort. Je doute même que Descartes et le P. Mersenne ensem-ble eussent pu donner à la matière la gravitation vers un centre. Aprèstout, Descaftes avait de la matière et du mouvement; nous nen man-quons pas. Que ne travaillait-il? que ne fesait-il un petit automate demonde ? Avouons que dans toutes ces imaginations on ne voit que desenfants qui se jouent (1772).

* Démocrite, Épicure, et Lucrèce, avec leurs atomes déclinant dansle vide, étaient pour le moins aussi enfants que Descartes avec ses tour-billons tournoyant clans le plein; et lon ne peut que déplorer la perte(lun temps précieux employé à étudier sérieusement ces fadaises pardes hommes qui auraient pu être utiles.

est lhomme de bon sens qui ait jamais conçu clairement que des ato-mes se soient assemblés pour aller en ligne droite, et pour se détournerensuite à gauche; moyennant quoi ils ont produit des astres, des ani-maux, des pensées? Pourquoi de tant de fabricateurs de mondes, nesen est-il pas trouvé un seul qui soit parti dun principe vrai, et reçude tous les hommes raisonnables? Ils ont adopté des chimères, et ontvoulu les expliquer : mais quelle explication! Ils ressemblaient parfai-tement aux commentateurs des anciens historiens. La tour de Babelavait vingt mille pieds de haut; donc les maçons avaient des grues deplus de vingt mille pieds pour élever leurs pierres. Le lit du roi Og étaitde quinze pieds. Le serpent, qui eut de longues conversations avec Ève,ne put lui parler quen hébreu : car il devait lui parler en sa languepour être entendu, et non en la langue des serpents ; et Ève devait parlerle pur hébreu, puisquelle était la mère des Hébreux, et que ce langagenavait pu encore se corrompre Cest sur des raisons de cette force quefurent appuyés longtemps tous les commentaires et tous les systèmes.Hérodote a dit que le soleil avait changé deux fois de levant et de cou-chant ; et sur cela on a recherché par quel mouvement ce phénomène sé-tait opéré. Des savants se sont distillé le cerveau pour comprendre com-ment le cheval dAchille avait parlé grec ; comment la nuit que Jupiterpassa avec Alcmène fut une fois plus longue quelle ne devait être, sansque lordre de la nature fût dérangé; comment le soleil avait recyilé ausouper dAtrée et de Thyeste; par quel secret Hercule était resté troisjours et trois nuits enseveli dans le ventre dune baleine; par quel art,au son dun instrument, les murs de.... Enlin on a compilé et empilé desécrits sans nombre pour trouver la vérité dans les plus absurdes et lesplus insipides fables (1772).

k Spinosa, dans son fameux livre, si peu lu, ne parle que de Dieu ; eton lui a reproché de ne point connaître de Dieu. Cest quil na point sé-paré la Divinité du grand Tout qui existe par elle. Cest le dieu de Stra-ton, cest le dieu des stoïciens :

Jupiter est quodeumque vides, quocumquc moveris.

Lucain , Pharsale, ch. IX, v. sao.

Cest le dieu dAratus, dans le sens dune philosophie audacieuse. « In« Deo vivimus, movemur et sumus. » ( Actes des Apôtres , chap. xvii,V. 28.)