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DIALOGUE
Si nous en avions deux, ils se mordraient sans doute.
J’ai vu les beaux esprits ; je sais ce qu’il en coûte.
Il fallut, malgré moi, combattre soixante ansLes plus grands écrivains, les plus profonds savants,Toujours en faction, toujours en sentinelle :
Ici c’est l’abbé Guyon d , plus bas c’est là Beaumelle c .Leur nombre est dangereux. J’aime mieux désormaisLes languissants plaisirs d’une insipide paix.
Il faut que je te fasse une autre confidence :
La poste, comme on sait, console de l’absence ;
Les frères, les époux, les amis, les amants ,Surchargent les courriers de leurs beaux sentiments..Fouvre souvent mon cœur en prose ainsi qu’en rime,J’écris une sottise, aussitôt on l’imprime.
On y joint méchamment le recueil clandestinDe mon cousin Vadé, de mon oncle Bazin.
Candide, emprisonné dans mon vieux secrétaire,
En criant, Tout est bien, s’enfuit chez un libraire f ;Jeanne, et la tendre Agnès, et le gourmand Bonneau,Courent en étourdis de Genève à Breslau.
Quatre bénédictins, avec leurs doctes plumes,Auraient peine à fournir ce nombre de volumes.
On ne va point, mon fils, fût-on sur toi moDté,
Avec ce gros bagage à la postérité.
Pour comble de malheur, une troupe importuneDe bâtards indiscrets, rebut de la fortune ,
Nés le long du charnier nommé des Innocents,
Se glisse 5 sous la presse avec mes vrais enfants.
C’en est trop. Je renonce à tes neuf immortelles :
J’ai beaucoup de respect et d’estime pour elles ;
Mais tout change, tout s’use, et tout amour prend fin.Va, vole au mont sacré ; je reste en mon jardin.
PÉGASE.
Tes dégoûts vont trop loin, tes chagrins sont injustes.Des arts qui t’ont nourri les déesses augustes