Buch 
Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
Entstehung
Seite
172
JPEG-Download
 

172

DIALOGUE

Si nous en avions deux, ils se mordraient sans doute.

Jai vu les beaux esprits ; je sais ce quil en coûte.

Il fallut, malgré moi, combattre soixante ansLes plus grands écrivains, les plus profonds savants,Toujours en faction, toujours en sentinelle :

Ici cest labbé Guyon d , plus bas cest Beaumelle c .Leur nombre est dangereux. Jaime mieux désormaisLes languissants plaisirs dune insipide paix.

Il faut que je te fasse une autre confidence :

La poste, comme on sait, console de labsence ;

Les frères, les époux, les amis, les amants ,Surchargent les courriers de leurs beaux sentiments..Fouvre souvent mon cœur en prose ainsi quen rime,Jécris une sottise, aussitôt on limprime.

On y joint méchamment le recueil clandestinDe mon cousin Vadé, de mon oncle Bazin.

Candide, emprisonné dans mon vieux secrétaire,

En criant, Tout est bien, senfuit chez un libraire f ;Jeanne, et la tendre Agnès, et le gourmand Bonneau,Courent en étourdis de Genève à Breslau.

Quatre bénédictins, avec leurs doctes plumes,Auraient peine à fournir ce nombre de volumes.

On ne va point, mon fils, fût-on sur toi moDté,

Avec ce gros bagage à la postérité.

Pour comble de malheur, une troupe importuneDe bâtards indiscrets, rebut de la fortune ,

Nés le long du charnier nommé des Innocents,

Se glisse 5 sous la presse avec mes vrais enfants.

Cen est trop. Je renonce à tes neuf immortelles :

Jai beaucoup de respect et destime pour elles ;

Mais tout change, tout suse, et tout amour prend fin.Va, vole au mont sacré ; je reste en mon jardin.

PÉGASE.

Tes dégoûts vont trop loin, tes chagrins sont injustes.Des arts qui tont nourri les déesses augustes