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DIALOGUE
Saint Ignace dans Rome écrasé par saint Pierre,
Ou Clément dans Paris acharné sur Leniierre.
Dans ses champs cultivés, à l’abri des revers,
Le sage vit tranquille, et ne fait point de vers.Monsieur l’abbé Terray, pour le bien du royaume,Préfère un laboureur, un prudent économe,
A tous nos vains écrits, qu’il ne lira jamais.Triptolème est le dieu dont je veux les bienfaits.
Un bon cultivateur est cent fois plus utileQue ne fut autrefois Hésiode ou Virgile.
Le besoin , la raison, l’instinct doit nous porterA faire nos moissons plutôt qu’à les chanter ;
J’aime mieux t’atteler toi-même à ma charrue,
Que d’aller sur ton dos voltiger dans la nue.
PÉGASE.
Ah, doyen des ingrats ! ce triste et froid discoursEst d’un vieux impuissant qui médit des amours.
Un pauvre homme épuisé se pique de sagesse.
Eh bien ! tu te sens faible, écris avec faiblesse ;Corneille en cheveux blancs sur moi caracola,Quand en croupe avec lui je portais Attila ;
Je suis tout fier encor de sa course dernière.
Tout mortel jusqu’au bout doit fournir sa carrière,Et je ne puis souffrir un changement grossier.
Quoi ! renoncer aux arts, et prendre un vil métier !Sais-tu qu’un villageois sans esprit, sans science,N’ayant pour tout talent qu’un peu d’expérience,Fait jaunir dans son champ de plus riches moissonsQue n’en eut Mirabeau par ses doctes leçons m ?Laisse un travail pénible aux mains du mercenaire,Aux journaliers la bêche, aux maçons leur équerre :Songe que tu naquis pour mou sacré vallon;
Chante encore avec Pope, et pense avec Platon ;
Ou rime en vers badins les leçons d’Épicure,
Et ce Système heureux qu'on dit de la nature.