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NOTES.
lauriers, et d’exposer sa tête octogénaire à la rigueur des saisons ( 1774 ).
i Cet homme était venu de Dijon à Paris avec sa tragédie de Charles I er ,et sa tragédie de Médée. Il ne put venir à bout de les faire représen-ter. La faim le pressait; il s’engagea avec un libraire à lui fournir descritiques contre les premiers livres qui auraient du succès. Il obtintquelque argent à compte sur ses satires à venir. M. de Saint-Lambertdonnait alors ses Saisons , M. Delillesa traduction de Virgile, M. Dorâtson poème sur la déclamation, M. Watelet son poème sur la peinture.Voilà l’écolier Clément qui se met vite à écrire contre ces maîtres del’art, et qui leur donne des leçons comme à des disciples dont il seraitmécontent. S’il n’avait eu que ce ridicule on n’en aurait pas parlé, onne l’aurait pas connu ; mais pour rendre ses leçons plus piquantes il ymêle des traits personnels; il outrage une dame respectable. Alors onsait qu’il existe, la police met mon pédant dans je ne sais quelle prison,soit Bicètre, soit le For-l’Évêque. M- de Saint-Lambert a la générositéde solliciter sa grâce, et d’obtenir son élargissement. Que fait le critiquealors? il persuade qu’on ne lui a fait cette correction que pour avoirenseigné l’art d’écrire, pour avoir soutenu la cause du bon goût, quisans lui allait expirer en France, et qu’il est, comme Fréron, victime deses grands talents.
Sorti de prison, il fait un nouveau libelle, dans lequel il insulte unconseiller de grand’chambre, fils d’un magistrat de la chambre descomptes ; il dit ingénieusement qu’il est fils d’un pâtissier, et ce magis-trat a dédaigné de le faire remettre à Bicètre. Il s’associe depuis à Fré-ron, à Sabotier, et à d’autres gens de cette espèce. Il broche libellesur libelle contre un vieillard solitaire, retiré depuis trente années,qu’on peut outrager impunément. Il avait écrit auparavant a ce mômesolitaire plusieurs lettres dont nous avons les originaux entre les mains.En voici un fragment :
« Jugez, monsieur, si votre silence peut ne pas m’affliger. Peut-être,« hélas ! vous êtes-vous imaginé que vous me verriez payer votre ami-« tié, vos bienfaits, par la plus noire ingratitude; que je serais assez« lâche, assez criminel, pour n’étre pas plus reconnaissant que tant« d’autres ! Ah, monsieur ! ne me faites pas l’injure de soupçonner ainsi« ma probité. C’est ce bien précieux que je voudrais délivrer de la con-te tagion générale; vos soupçons le flétriraient. Votre générosité, votre<t grandeur d’âme., peuvent en conserver et en relever l’éclat. Ma ten-« dresse, mon zèle, mon respect, voilà mes seuls biens; ils sont tous à« vous, et ils y seront toujours, etc. A Dijon, ce sixième décembre 1769.
« Voici mon adresse : A Clément fils, chez son père, procureur à Pi-« jon, derrière les Minimes. »
Il a eu depuis l’intention de désavouer cette lettre, et la probité dedire qu’elle était falsifiée. Nous la conservons pourtant, quoique ce nesoit pas une pièce bien curieuse; mais c’est toujours un témoignage sub-sistant de l’honneur que cette petite cabale met dans sa conduite. C’estce qui fesait dire à M. Duclos, secrétaire de l’académie, qu’il ne con-naissait rien de plus méprisable et de plus méchant que la canaille dela littérature. U est à croire que M. Clément s’étant marié deviendra plusjuste et plus sage, qu’il sera plus modeste, qu’il ne calomniera plus despersonnes dont il n’eut jamais sujet de se plaindre, qu’il n’a même ja-