Buch 
Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
Entstehung
Seite
180
JPEG-Download
 

180

NOTES.

lauriers, et dexposer sa tête octogénaire à la rigueur des saisons ( 1774 ).

i Cet homme était venu de Dijon à Paris avec sa tragédie de Charles I er ,et sa tragédie de Médée. Il ne put venir à bout de les faire représen-ter. La faim le pressait; il sengagea avec un libraire à lui fournir descritiques contre les premiers livres qui auraient du succès. Il obtintquelque argent à compte sur ses satires à venir. M. de Saint-Lambertdonnait alors ses Saisons , M. Delillesa traduction de Virgile, M. Dorâtson poème sur la déclamation, M. Watelet son poème sur la peinture.Voilà lécolier Clément qui se met vite à écrire contre ces maîtres delart, et qui leur donne des leçons comme à des disciples dont il seraitmécontent. Sil navait eu que ce ridicule on nen aurait pas parlé, onne laurait pas connu ; mais pour rendre ses leçons plus piquantes il ymêle des traits personnels; il outrage une dame respectable. Alors onsait quil existe, la police met mon pédant dans je ne sais quelle prison,soit Bicètre, soit le For-lÉvêque. M- de Saint-Lambert a la générositéde solliciter sa grâce, et dobtenir son élargissement. Que fait le critiquealors? il persuade quon ne lui a fait cette correction que pour avoirenseigné lart décrire, pour avoir soutenu la cause du bon goût, quisans lui allait expirer en France, et quil est, comme Fréron, victime deses grands talents.

Sorti de prison, il fait un nouveau libelle, dans lequel il insulte unconseiller de grandchambre, fils dun magistrat de la chambre descomptes ; il dit ingénieusement quil est fils dun pâtissier, et ce magis-trat a dédaigné de le faire remettre à Bicètre. Il sassocie depuis à Fré-ron, à Sabotier, et à dautres gens de cette espèce. Il broche libellesur libelle contre un vieillard solitaire, retiré depuis trente années,quon peut outrager impunément. Il avait écrit auparavant a ce mômesolitaire plusieurs lettres dont nous avons les originaux entre les mains.En voici un fragment :

« Jugez, monsieur, si votre silence peut ne pas maffliger. Peut-être,« hélas ! vous êtes-vous imaginé que vous me verriez payer votre ami-« tié, vos bienfaits, par la plus noire ingratitude; que je serais assez« lâche, assez criminel, pour nétre pas plus reconnaissant que tant« dautres ! Ah, monsieur ! ne me faites pas linjure de soupçonner ainsi« ma probité. Cest ce bien précieux que je voudrais délivrer de la con-te tagion générale; vos soupçons le flétriraient. Votre générosité, votre<t grandeur dâme., peuvent en conserver et en relever léclat. Ma ten-« dresse, mon zèle, mon respect, voilà mes seuls biens; ils sont tous à« vous, et ils y seront toujours, etc. A Dijon, ce sixième décembre 1769.

« Voici mon adresse : A Clément fils, chez son père, procureur à Pi-« jon, derrière les Minimes. »

Il a eu depuis lintention de désavouer cette lettre, et la probité dedire quelle était falsifiée. Nous la conservons pourtant, quoique ce nesoit pas une pièce bien curieuse; mais cest toujours un témoignage sub-sistant de lhonneur que cette petite cabale met dans sa conduite. Cestce qui fesait dire à M. Duclos, secrétaire de lacadémie, quil ne con-naissait rien de plus méprisable et de plus méchant que la canaille dela littérature. U est à croire que M. Clément sétant marié deviendra plusjuste et plus sage, quil sera plus modeste, quil ne calomniera plus despersonnes dont il neut jamais sujet de se plaindre, quil na même ja-