EPITRES
A M. LE DUC D’ORLÉANS, RÉGENT.
1710 .
Prince chéri des dieux, toi qui sers aujourd’huiDe père à ton monarque, à son peuple d’appui ;
Toi qui, de tout l’État portant le poids immense,
Immoles ton repos à celui de la France ;
Philippe, ne crois point, dans ces jours ténébreux,
Plaire à tous les Français, que tu veux rendre heureux :
Aux princes les plus grands, comme aux plus beaux ouvrages,Dans leur gloire naissante il manque des suffrages.
Eh ! qui de sa vertu reçut toujours le prix ?
Il est chez les Français de ces sombres esprits,
Censeurs extravagants d’un sage ministère.
Incapables de tout, à qui rien ne peut plaire.
Dans leurs caprices vains tristement affermis,
Toujours du nouveau maître ils sont les ennemis ;
Et, n’ayant d’autre emploi que celui de médire,
L’objet le plus auguste irrite leur satire :
Ils voudraient de cet astre éteindre la clarté,
Et se venger sur lui de leur obscurité.
Ne crains point leur poison : quand tes soins politiquesAuront réglé le cours des affaires publiques,
Quand tu verras nos cœurs, justement enchantés,
Au-devant de tes pas volant de tous côtés,
Les cris de ces frondeurs, à leurs chagrins en proie,
Ne seront point ouïs parmi nos cris de joie.
Mais dédaigne ainsi qu’eux les serviles flatteurs,
De la gloire d’un prince infâmes corrupteurs;
Que ta mâle vertu méprise et désavoue
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