ÉPÎTKES.
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Qui vient couper mes blés pour payer ses impôts ;
Des riches Genevois les campagnes brillantes;
Des Bernois valeureux les cités florissantes ;
Enfin cette Comté, franche aujourd’hui de nom,Qu’avec l’or de Louis conquit le grand Bourbon :
Et du bord de mon lac à tes rives du Tibre.,
Je te dis, mais tout bas : Heureux un peu pie libre !
Je le suis en secret dans mon obscurité ;
Ma retraite et mon âge ont fait ma sûreté.
D’un pédant d’Anneci j’ai confondu la rage 1 :
J’ai ri de sa sottise : et quand mon ermitageVoyait dans son enceinte arriver à grands (lotsDe cent divers pays les belles, les héros,
Des rimeurs, des savants, des têtes couronnées,
Je laissais du vilain les fureurs acharnéesHurler d’une voix rauque au bruit de mes plaisirs.
Mes sages voluptés n’ont point de repentirs.
J’ai fait un peu de bien ; c’est mon meilleur ouvrage.Mon séjour est charmant, mais il était sauvage ;Depuis le grand édit a , inculte, inhabité,
Ignoré des humains, dans sa triste beauté ;
La nature y mourait : je lui portai la vie;
J’osai ranimer tout. Ma pénible industrieRassembla des colons par la misère épars ;
J’appelai les métiers, qui précèdent les arts ;
Et , pour mieux cimenter mon utile entreprise,
J’unis le protestant avec ma sainte Église.
Toi qui vois d’un même œil frère Ignace et Calvin ,Dieu tolérant, Dieu bon, tu bénis mon dessein !André Ganganelli, ton sage et doux vicaire,
Sait m’approuver en roi, s’il me blâme en saint-père.L’ignorance en frémit, et Nonotte hébétéS’indigne en son taudis de ma félicité.
Ne me demande pas ce que c’est qu’un Nonotte,
1 Voyez la note de l’épitte à M. de Saint-Lambert. K