Buch 
Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
Entstehung
Seite
367
JPEG-Download
 

APOLOGIE DE LA FABLE.

367

Ne sera point l’objet de sa haine immortelle ;

Crois que devant son trône, en tout temps , en tous lieux,Le cœur du juste est précieux ;

Crois qu’un bonze modeste, un dervis charitable ,Trouvent plutôt grâce à ses yeuxQu’un janséniste impitoyable,

Ou qu’un pontife ambitieux.

Eh ! qu’importe en effet sous quel titre on l’implore ?Tout hommage est reçu, mais aucun ne l’honore.

Un Dieu n’a pas besoin de nos soins assidus :

Si l’on peut l’offenser, c’est par des injustices ;

Il nous juge sur nos vertus ,

Et non pas sur nos sacrifices.

APOLOGIE DE LA FABLE.

Savante antiquité , beauté toujours nouvelle,Monument du génie, heureuses fictions,Environnez-moi des rayonsDe votre lumière immortelle :

Vous savez animer l’air, la terre, et les mers ;

Vous embellissez l’univers.

Cet arbre à tête longue, aux rameaux toujours verts,C’est Atys aimé de Cybèle ;

La précoce hyacinthe est le tendre mignonQue sur ces prés fleuris caressait Apollon.

Flore, avec le Zéphyr, a peint ces jeunes rosesDe l’éclat de leur vermillon.

Des baisers de Pomone on voit dans ce vallonLes fleurs de mes pêchers nouvellement écloses.

Ces montagnes, ces bois qui bordent l’horizon,

Sont couverts de métamorphoses :

Ce cerf aux pieds légers est le jeune Actéon :

Du chantre de la nuit j’entends la voix touchante ;