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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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AVERTISSEMENT.

apparemment parce quil est en vers; car ces messieurs ne sont pasplus touchés de la poésie que de la philosophie. Cest une nouvelleraison pour dédier cet ouvrage à Votre Majesté. Elle a sur Salomonlavantage de faire des vers, et de nêtre point tiraillée par sept centsépouses, dites légitimes, et par trois cents drôlesses, dites concubinesou femmes du second rang ; ce qui ne convient pas trop à un sage.

VEcclésiaste a été inspiré par le Saint-Esprit; la traduction libre queje mets à vos pieds na été inspirée que par la raison : ainsi le traduc-teur peut être tombé dans des erreurs grossières. Il a pu, sans le sa-voir, hasarder des paroles malsonnantes et sentant lhérésie : maiscomme Votre Majesté est hérétique, elle ne sen offensera pas. Ellecontinuera à me donner sa protection contre les sots, dont elle estaccoutumée à triompher comme de ses ennemis.

AVERTISSEMENT.

Soit que VEcclésiaste ait été effectivement composé par Salomon,soit quun autre auteur inspiré ait fait parler ce sage , ce livre a tou-jours été regardé comme un monument précieux. Il lest dautant plusquon y trouve plus de philosophie. 11 montre le néant des choseshumaines, il conseille en même temps lusage raisonnable des biensque Dieu a donnés aux hommes : il ne fait pas de la sagesse un tableauhideux et révoltant; cest un cours de morale fait pour les gens dumonde. Cest pourquoi on a cru ce livre de lÉcriture préférable à toutautre pour en donner un Précis en vers, et pour le présenter à lapersonne respectable à qui on a eu lhonneur de ladresser.

Il naurait pas été possible de le traduire dun bout à lautre avecsuccès ; le style oriental esttrop différent du nôtre. LEsprit divin, quisélève au-dessus de nos idées, néglige la méthode; il ne fait pointdifficulté de répéter souvent les mêmes pensées et les mêmes expres-sions; il passe rapidement dun objet à un autre; il revient sur sespas ; il ne craint ni les contradictions apparentes que notre esprit bor- e6t obligé de concilier, ni les grandes hardiesses que notre faiblesseest dans la nécessité dadoucir.

Le sentiment de sa propre insuffisance a forcé le traducteur à ras-sembler en un corps les idées qui sont répandues dans ce livre avecune sublime profusion ; à y mettre une liaison nécessaire pour nous, etun ordre qui était inutile à lEsprit saint ; et en fin à prendre un vol moinshardi, convenable à un laïque qui donne labrégé dun livre divin.