37G
AVERTISSEMENT.
apparemment parce qu’il est en vers; car ces messieurs ne sont pasplus touchés de la poésie que de la philosophie. C’est une nouvelleraison pour dédier cet ouvrage à Votre Majesté. Elle a sur Salomonl’avantage de faire des vers, et de n’être point tiraillée par sept centsépouses, dites légitimes, et par trois cents drôlesses, dites concubinesou femmes du second rang ; ce qui ne convient pas trop à un sage.
VEcclésiaste a été inspiré par le Saint-Esprit; la traduction libre queje mets à vos pieds n’a été inspirée que par la raison : ainsi le traduc-teur peut être tombé dans des erreurs grossières. Il a pu, sans le sa-voir, hasarder des paroles malsonnantes et sentant l’hérésie : maiscomme Votre Majesté est hérétique, elle ne s’en offensera pas. Ellecontinuera à me donner sa protection contre les sots, dont elle estaccoutumée à triompher comme de ses ennemis.
AVERTISSEMENT.
Soit que VEcclésiaste ait été effectivement composé par Salomon,soit qu’un autre auteur inspiré ait fait parler ce sage , ce livre a tou-jours été regardé comme un monument précieux. Il l’est d’autant plusqu’on y trouve plus de philosophie. 11 montre le néant des choseshumaines, il conseille en même temps l’usage raisonnable des biensque Dieu a donnés aux hommes : il ne fait pas de la sagesse un tableauhideux et révoltant; c’est un cours de morale fait pour les gens dumonde. C’est pourquoi on a cru ce livre de l’Écriture préférable à toutautre pour en donner un Précis en vers, et pour le présenter à lapersonne respectable à qui on a eu l’honneur de l’adresser.
Il n’aurait pas été possible de le traduire d’un bout à l’autre avecsuccès ; le style oriental esttrop différent du nôtre. L’Esprit divin, quis’élève au-dessus de nos idées, néglige la méthode; il ne fait pointdifficulté de répéter souvent les mêmes pensées et les mêmes expres-sions; il passe rapidement d’un objet à un autre; il revient sur sespas ; il ne craint ni les contradictions apparentes que notre esprit bor-né e6t obligé de concilier, ni les grandes hardiesses que notre faiblesseest dans la nécessité d’adoucir.
Le sentiment de sa propre insuffisance a forcé le traducteur à ras-sembler en un corps les idées qui sont répandues dans ce livre avecune sublime profusion ; à y mettre une liaison nécessaire pour nous, etun ordre qui était inutile à l’Esprit saint ; et en fin à prendre un vol moinshardi, convenable à un laïque qui donne l’abrégé d’un livre divin.