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ODES.
L’ANNIVERSAIRE DE LA SAINT-BARTHÉLEMY,
POUB l’année 1772.
Tu reviens après deux cents ans, <
Jour affreux, jour fatal au monde :
Que l’abîme éternel du tempsTe couvre de sa nuit profonde !
Tombe à jamais enseveliDans le grand fleuve de l’oubli,
Séjour de notre antique histoire !
Mortels, à souffrir condamnés ,
Ce n’est que des jours fortunésQu’il faut conserver la mémoire.
C’est après le triumviratQue Rome devint florissante.
Un poltron, tyran de l’ïtat,
L’embellit de sa main sanglante.
C’est après les proscriptionsQue les enfants des ScipionsSe croyaient heureux sous Octave.
• Tranquille, et soumis à sa loi,
On vit danser le peuple-roiEn portant des chaînes d’esclave.
Virgile, Horace, Pollion,
Couronnés de myrte et de lierre,
Sur la cendre de CicéronChantaient les baisers de Glycère,
Ils chantaient dans les mêmes lieuxOù tombèrent cent demi-dieuxSous des assassins mercenaires ;
Et les familles des proscritsRassemblaient les Jeux et les RisEntre les tombeaux de leurs pères.