Buch 
Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
Entstehung
Seite
437
JPEG-Download
 

STANCES.

437

J’aime fort cet arrangement ;

Il est leste et plein de prudence.Plût à Dieu qu’il en fît autantA tous les moines de la France !

A MADAME LULLIN, DE GENÈVE.

A Ferney, le 16 novembre 1773 .

Hé quoi ! vous êtes étonnéeQu’au bout de quatre-vingts hiversMa muse faible et surannéePuisse encor fredonner des vers ?

Quelquefois un peu de verdureHit sous les glaçons de nos champs ;

Elle console la nature,

Mais elle sèche en peu de temps.

Un oiseau peut se faire entendreAprès la saison des beaux jours ;

Mais sa voix n’a plus rien de tendre,

Il ne chante plus ses amours.

Ainsi je touche encor ma lyre,

Qui n’obéit plus à mes doigts ;

Ainsi j’essaie encor ma voixAu moment même qu’elle expire.

« Je veux dans mes derniers adieux,

Disait Tibulle à son amante ,

Attacher mes yeux sur tes yeux,

Te presser de ma main mourante. »

Mais quand on sent qu’on va passer,

Quand l’àme fuit avec la vie,

A-t-on des yeux pour voir Délie,

Et des mains pour la caresser ?

37.