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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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ET IMITATIONS.

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ne pouvait plus résister. Il était accablé de traits. Les décrets de Ju-piter et les illustres archers troyens loppressaient. Son casque brillantrendait un son terrible autour de ses tempes; car il était frappé sanscesse sur les clous très-bien arrangés de son casque. Il repoussait lestraits ennemis de lépaule gauche, tenant toujours dune main fermeson bouclier; et les Troyens, qui le pressaient, ne pouvaient, àcoups de javelots, le faire remuer de sa place. Il haletait ; la sueurcoulait de tous ses membres, il ne pouvait plus respirer : mal sur malfondait sur lui.

Dites-moi à présent, Muses, habitantes des maisons de lOlympe,comment le feu prit dabord aux vaisseaux des Grecs.

Hector, qui était tout auprès, frappa avec sa grande épée la lancede bois de frêne ( la lance dAjax), et la coupa juste à lendroit parlequel le bois tenait à la hampe. Ajax Télamon empoigna alors inutile-ment sa pique mutilée. La hampe dairain était tombée à terre loimdelui, en retentissant.

Ajax, dun esprit éclairé, reconnut louvrage des dieux ; et commeJupiter, foudroyant den haut, renversait tous les desseins des Grecsdans la bataille, et décernait la victoire aux Troyens, il se retira doncdelà mêlée; et les Troyens jetèrent de tous côtés des feux sur lesvaisseaux agiles; et la flamme inextinguible sétendit soudain partout,car le feu environna la poupe.

Alors Achille, sétant frappé les cuisses, parla ainsi : « Hâte-loi,illustre Palroele, dompteur de chevaux ; car je vois sur les vaisseauxlimpétuosité dun feu ennemi : crains que les flammes ne les embra-sent tous, et quil ny ait plus ensuite moyen de senfuir. Prends lesarmes incessamment; et moi jassemblerai les troupes. »

Il parla ainsi, et Patrocle sarma dun brillant airain. Il mit dabordles bottines autour de ses belles jambes. Ensuite il attacha autour desa poitrine la cuirasse du prompt Achille, peinte de couleurs diverses,et semée détoiles. Il pendit à ses épaules lépée dairain enrichie declous dargent, et le bouclier vaste et solide. Il mit sur sa forte tête lecasque bien battu, dont laigrette était de crins de cheval ; et une crêteterrible flottait au-dessus deux. Il mit dans ses mains deux forts ja-velots carrés, propres pour elles. Il ne prit point la lance du brillantAchille, grande, pesante, forte, quaucun autre des Grecs ne putmanier, et que le seul Achille sut lancer. Cétait un bois de frênepéliaque, que Chiron avait donné à Pélée, père dAchille, coupé sure haut du mont Pélion, pour donner un jour la mort aux héros.