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Tome premier.
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XVII
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XVII

PRÉFACE.

notre idiome, et à le rendre plus exact et plus précis. Quand on voit, dans les témoi-gnages du temps, la réputation du grand Arnauld, et qu’on la cherche dans ses œuvres,on sent que cet homme fut nécessairement supérieur à ce qu’il a laissé, et qu’ildomina surtout par l’action de ses entretiens et de ses disciples, et par la rapidité et1 à-propos de ses écrits. De là venait la grande part que les critiques donnaient à Port-Royal dans le perfectionnement du langage.

Arnauld et ses amis aidaient plus sensiblement encore à ce progrès par leurs travauxsur la grammaire générale et sur l’analyse comparée des langues. Pour la première fois,depuis la renaissance, la méthode philosophique dirigeait la philologie; et tout l’artificede la pensée était cherché dans l’artifice du langage. IJn caractère essentiel de la languefrançaise, celui qui la rend si propre aux sciences, aux affaires et à la vie, celui qu’ellene peut perdre sans changer tout à fait, la clarté, instinct de notre esprit, devenaitde plus en plus une loi de notre littérature. Elle se marquait par l’ordre direct du langage,la lumière des expressions, et cette netteté précise, où l’on reconnaît à quelques égardsl’influence de la géométrie, de cette science judicieuse qui avait formé Descartes, et dontPascal et ses amis mêlèrent l’inflexible justesse à l’ardeur même de l’éloquence. Les ad-mirables Discours sur la logique étaient, pour Port-Royal, le fondement de toutesles études de langue et de goût. Tout, dans l’art d’écrire, y était ramené à Y art cle penser ,mais avec cette vive intelligence de la passion et du beau , qui distingue les vues de Pascalsur l’éloquence des critiques de Condillac sur le style.

Enfin, les écrits corrects et savants de Port-Royal excitaient dans le parti contraire,jusque-là tout empreint de barbarie scolastique , une émulation de délicatesse , unsoin scrupuleux de la diction, qui fut, après les ouvrages de génie, le secours le plusutile à la pureté de la langue. En s’occupant, vingt années encore après les Provinciales,a chicaner subtilement le style de Pascal, les jésuites apprenaient à bien écrire. Enrelevant avec ironie la gravité un peu uniforme, les longues périodes et les expres-sions parfois inusitées des autres écrivains de Port-Royal, ils s’essayaient eux-mêmesa un style plus facile et plus libre, sans être moins correct. La langue commune s’en-richissait de toutes parts, et prenait tous les tons. C’était une monnaie courante, dontles types réguliers et nets se multipliaient à l’infini pour suffire au commerce croissantdes idées , indépendamment de ces médailles à part que frappe le génie , et qu’il sereserve. De bons ouvrages de critique, un peu minutieux, de subtiles analyses de lalangue et de la diction servaient à fixer le goût public, que les écrits des grands hommesavaient vivement saisi, et d’abord enlevé à ces fausses admirations que fait naître l’inex-périence de l’art ou la satiété du vrai beau.

Il s’etait donc formé, pour la langue et le style, cette sorte d’unité, qui se concilie très-bien avec la différence des génies, mais qui leur laisse à tous, dans leur libre physio-nomie, un air de famille et une parenté naturelle. Cette ressemblance dominait toutesles diversités d’opinion et de parti. Pour l’exactitude, la force et la gravité du langage,