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Complément du dictionnaire [...].
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PREFACE.

par exemple si l’auteur original a imprimé vaisseaux pourvassaux, et que le copiste mette au lieu de vaisseaux,navires r . On la retrouve ensuite dans la grande Ency-clopédie, puis dans XEncyclopédie méthodique ; et durantce trajet, elle s’est accrue encore de toutes les bévues ima-ginables, car plus la notion ou l’expression, une foisadmise d’autorité, est absurde, inexplicable, plus on s’ef-force de la redresser, de l’éclaircir à grand renfort d’éru-dition. De l’Encyclopédie enfin, elle est passée dans leslexiques du xix' siècle, où l’erreur a pris des dimensionscolossales. On pourrait assigner à chacune de ces fautesune ligne de descendance longue comme les quigenuit del’Ecriture.

J’ai déjà indiqué ailleurs l’histoire du mot épicombe 2 ,pris universellement pour un bouquet orné de pièces d’or,au lieu d’un paquet rempli de pièces d’or. Prenons unautre exemple. La xénélasie est ainsi définie dans le dic-tionnaire de Trévoux : C’était, à Lacédémone , la mêmechose que le droit de bourgeoisie chez nous, qualité decitoyen accordée à un étranger. Les lois de Licurgue (sic)étaient si remarquables à cet égard par leur singula-rité, qu elles n’accordaient la Xénélasie à aucun étran-ger sans de pressants motifs et quelles interdisaientmême l’entrée et le séjour à volonté dans la Laconie.Cet article tout entier semble appartenir originairementaux religieux de Trévoux ; il ne se trouve pas dans ledictionnaire de Furetière, augmenté par Basnage et LaRivière 3 . Tl a été copié par les auteurs de 1 ’Encyclopédieméthodique, qui se sont bornés à supprimer les mots cheznous dans le premier membre de phrase, ce qui rend lesens un peu plus absurde ; ces écrivains ont conservé scru-puleusement Licurgue et les lois remarquables par leursingularité ; mais ils ont ajouté lui devant interdisaient,et sa devant volonté. L’étymologie du mot était pourtant 4bien claire; cette indication suffisait pour montrer qu’ilne s’agissait pas d’un droit de bourgeoisie, mais tout aucontraire d’une loi d’exclusion : c’est pourquoi ces notionserronées, quoique admises dans les premières éditions deBoiste, et copiées par conséquent dans plusieurs diction-naires, ont été redressées en partie dans les dernières réim-pressions du Pan-lexique 5 . Cependant, Xénélasie con-serve encore dans ce dernier ouvrage un sens trop général,et ce défaut a été reproduit également par tous les dic-tionnaires postérieurs. On n’a pas aperçu que ce motne s’appliquait pas à toute loi contre les étrangers. LaXénélasie ne fut qu’une loi spéciale, confirmative de dis-positions précédentes connues sous d’autres noms : cetteloi défendit seulement de recevoir dans Lacédémone untrop grand nombre d’étrangers 6 .

De même, les confusions et les erreurs que l’on re-

1 Voy. dans Trévoux l'article Indire aux quatre cas, sous le mot Indire.

* Préfacé de Boiste, 9 e édition.

3 4 vol. in-f' 1 , la Haye, 1727.

* Sé'/oif étranger; èfauvo, je chasse.

5 Titre que Boiste lui-même donnait à son dictionnaire, et que la critiquea sanctionné.

6 Time. XI, Orat, ftm. ; Xeaoph,, Re/J. lac, ; Plut., Lyc, et Inst. lac.

marque dans différents lexiques aux trois mots scopélismk(pris pour un mot arabe), scaphisme, et cyphonisme oukyphonisme, définis de telle sorte que chacun des troissemble pouvoir s’employer indifféremment pour les deuxautres; ces erreurs et ces confusions, disons-nous, remon-tent toutes au dictionnaire de Trévoux, sauf le dernierachèvement donné par un lexicographe moderne, M. Na-poléon Landais, qui écrit knyphonisme.

De même encore, les jésuites de Trévoux n’ayant pasdistingué sacellaire et raccellaire, deux offices dontles fonctions étaient si différentes, ce mélange de deuxarticles s’est perpétué jusqu’à nous; ce qui n’a pas em-pêché M. Raymond d’ajouter le barbarisme saccilaire,et M. Napoléon Landais d’inventer celui de saccolaire ;le tout encore sans préjudice à saccolaire, dont on aconservé aussi la définition incomplète.

Furetière et les auteurs de Trévoux ont écrit yncapour inc a, à l’imitation de quelques voyageurs espagnols :eX ynca, admis partout, est devenu, dans l’ouvrage deM. Raymond, ysia.

A la vérité, le nom propre Yputime, donné par lesécrivains de Trévoux pour ïphthimé 1 , étant passé dansl’Encyclopédie, s’y est arrêté par un bonheur singuliersans nouvelle altération. Mais zahories, pris pour deshommes, tandis que c’était une prétendue faculté, quoi-que redressé par Boiste quant à la définition, est devenu,dans le vocabulaire de Panckoucke, zahotie; et cetteforme, qui n’a rien d’étymologique, devait être préféréepar M. Raymond. Enfin , la terre Séhnusienne, de Seli-nonte, étant appelée dans le dictionnaire de Trévoux,senilusienne , ce dernier mot a marché parallèlementavec le premier dans tous les lexiques nouveaux; seule-ment, M. Raymond a renchéri, selon son habitude, surles méprises antérieures, et a écrit senilucienne.

Je dois m’arrêter ici; car il y a telle de ces méprisesdont l’histoire demanderait plusieurs mois de rechercheset plus de place qu’il ne convient de lui en accorder. 11m’a été impossible, par exemple, de trouver l’origine dece barbarisme anégyraphe ou anégygraphe pour anépi-graphe qui, chassé des dernières éditions de Boiste, a sudepuis s’introduire encore, ne fût-ce que comme renvoi,dans plusieurs lexiques. Je ne devine pas ou l’estimableM. Bouillet a pu voir que les jeux isélasliques étaient con-sacrés à Isis 2 . Je ne découvre pas non plus comment il sefait que MM. Napoléon Landais et Raymond , sans s’êtreconcertés à coup sûr, ont fait ces deux articles incroyables :

Klefter, s. m. ( Kleftère ), t. de relat., sorte de brigandageavoué qui s’exerce en Afrique, près de Jauina. [M. Napoléon Lan-dais.)

Kxefteb, s. ni. T. de relat. Brigandage qui s’exerçait à Tapeleni,ville d’Afrique. [M. Raymond.)

■ Du grec ’IçOï[J.n, excellente. On trouve cependant ce barbarisme dans unouvrage sur le Cabinet secret des Antiquités d’Herculanum : l’auteur de ce liviea sans doute consulté l’Encyclopédie.

1 C’étaient les jeux qui conféraient au vainqueur le droit d’entrer par la breehedans sa ville natale (et;, dans, èXaüvw, je fais irruption).