Band 
Complément du dictionnaire [...].
Seite
XXVIII
JPEG-Download
 

XXVIII

PREFACE.

deux d’entre eux 1 ne jouiront pas ici-bas de la part d’élo-ges qui leur sera sans doute décernée.

La direction a d’abord arrêté quelques principes géné-raux, auxquels la rédaction entière a dû se conformer, etqui concernent les divisions générales de tout article lexi-eographique. Je vais les parcourir rapidement.

Ordre des articles. On n’avait point à choisir entre 'l’ordre idéologique , les familles étymologiques et l’arran-gement alphabétique: l’Académie et l’usage s’étant pro-noncés pour le dernier, il fallait l’adopter. Les mots quise trouvaient déjà dans l’Académie ont été marqués d’unastérisque.

Nomenclature. On s’est attaché à la rendre tout à faitcomplète; et pour y parvenir, on a établi un tableaucomparatif de la nomenclature de tous les grands diction-naires, puis, au résultat donné par ce tableau, on a jointl’extrait de tous les dictionnaires spéciaux; on y a enfinajouté une quantité considérable de mots, nouveaux ou an-ciens , qui ne se trouvent dans aucun dictionnaire et quiont été recueillis dans la conversation ou dans les livres.Les barbarismes évidents ont été seuls rejetés; quelque-fois, on a préféré admettre une forme douteuse, enexprimant le doute, plutôt que de sacrifier un articlequi pourrait être utile à quelques lecteurs. On n’a pas étéarrêté par le reproche de redondance qui est adressé, peut-être justement, aux rédacteurs de nomenclatures scien-tifiques, mais qui ne saurait s’appliquer à un dictionnaire.Si mélolonthe et platycère , pour employer l’exemplemême qu’on a cité % font double emploi avec hannetonet cerf-volant , ce n’est point une raison pour que le lec-teur, qui rencontre les deux premiers mots et qui en désirel’explication, réclame en vain sur ce point le secours deson lexique. Les mots les plus rares, ceux qui peuventmême sembler inutiles sous un autre point de vue, sontprécisément ceux qu’on cherche le plus souvent, par celamême qu’on les comprend moins facilement. Les rédac-teurs du Complément ont rassemblé ainsi une nomencla-ture qui contient plus de 100,000 mots : l’Académie enayant environ 36 ,000, l’ensemble l’emporte de 3 o,oooau moins sur tous les dictionnaires connus.

Orthographe. L’Académie devait être, sous ce rapport,l’esclave de l’usage, et tout au plus, en présence de deuxusages contraires, a-t-elle eu quelquefois à décider la ques-tion d’après certaines règles d’analogie et d’étymologie.Quoique notre autorité fût beaucoup moindre, les voca-bles sur lesquels nous l’exercions étaient d’une importanceplus faible, d’une authenticité bien moins reconnue. Enre-gistrant des mots nouveaux au moment où le caprice d’unindividu, le besoin né d’une découverte nouvelle, venaientde les créer, nous avons cru pouvoir redresser des erreurs» au lieu de contribuer à les répandre. Ainsi nous avonstoujours choisi entre plusieurs formes celle qui est approu-vée par l’étymologie et les lois générales de la formationdes mots. Nous avons écrit de la même manière tous les

' M. le général ltardin et M. Thuillier, recteur de l’académie de Toulouse.

1 M. Pelissier, dans l’ouvrage déjà mentionné plus haut.

mots d une même famille; et nous avons toujours suivi lamême règle lorsque les cas étaient analogues. Nous avonsrétabli les th, ch, partout où le grec a thêta, chi; les/ par-tout où la voyelle grecque est un upsilon '. Nous n’avonsadmis qu’en les critiquant les mots hybrides, et les espècesde contractions créées par des naturalistes tels que Neckeret Saussure. Si un corps savant s’était occupé en tempsutile de contrôler la langue des sciences, peut-être n’au-rait-on pas vu le mot panaris se former si irrégulière-ment de paronychium , en passant par l’italien panerec-cio ; peut-être n’en serait-on pas arrivé à dire, comme1 Académie, secrétaire de l’usage, nous le permet ellemême, érésipèle pour érysipèle, parallélipipède pourparallélépipède ., isocèle pour isoscèle, Colisée pour Co-lossée 2 . Nous avons consigné dans le Complément toutesces dernières manières d’écrire, comme formes savantes ,tandis que l’Académie donne celles du langage usuel etvulgaire. Les langues qui ne s’occupent nullement de con-server aux mots leur forme primitive, et qui ne prennentsouci que de les amènera une euphonie spéciale, finissentpar tomber dans une incurable barbarie. Devons-nous souf-frir que le français imite sur ce point l’italien , qui admetdes formes altérées et tronquées comme celles-ci : Jisolofiaaussi bien que Jilosofia, philosophie, cocodrillo, croco-dile, micido, homicide, romito, ermite? Nous donnons,à la vérité, quelques formes évidemment mutilées, commeappartenant au vieux langage; mais nous pensons que,grâce aux indications placées entre parenthèses, on dis-tinguera facilement, dans cet ouvrage, la partie historique,de celle qui concerne le langage actuel.

Indications grammaticales. O11 a indiqué, pour les sub-stantifs , soit par des caractères abréviatifs au commence-ment de l’article, soit par une observation plus étendue,quand le cas l’exigeait, les genres qui étaient différentsdans le vieux langage de ce qu’ils sont maintenant ; l’an-cien caractère générique se rapporte assez exactement àcelui du mot primitif grec ou latin. On ^ pris le même soinpour donner le féminin des adjectifs, puis pour faire dis-tinguer les verbes neutres des verbes actifs, et enfin pouiindiquer les prépositions que prennent les complémentsde ces verbes.

Etymologie. L’Académie 11’ayant point jugé à propos,pour les raisons énoncées par son secrétaire perpétuel,d’indiquer l’origine des mots, on aurait été obligé, poury suppléer article par article, de répéter dans le Com-plément tous les mots du Dictionnaire. C’est ce qui aengagé à réunir toutes les étymologies, tant des mots del’Académie que de ceux du Complément, dans des ta-bleaux, en quelque sorte généalogiques, qui seront publiésultérieurement 3 .

* Voy. la Dissertation sur la transcription des mots grecs en français, queM. Firmin Didot a mise en tête de sa traduction de Thucydide.

* Voy. mes Tableaux étymologiques.

3 Celte disposition en tableaux présente la filiation des mois de la manièrela plus frappante; elle parle à l’œil, et tient souvent lieu de longues explications.Avec quelque soin que je les aie rédigés, je dois cependant redouter les erreursfaciles à commettre dans une science défigurée fréquemment par les plus bizarres