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j’ai extraites de l’acte original passé entre le sculpteur et les magistratsmunicipaux, il sera facile de rétablir l’inscription, le navire et leschiffres de Henri IV .
Au mois de mars de l’année 1608, une contestation s’éleva entre lesmagistrats municipaux et l’entrepreneur Marin de la Vallée, au sujetde la balustrade qui devait surmonter la corniche de la grande façade,que l’on avait jugé à propos d’ajouter à l’ancien plan de DominicoBoccador (1). L’entrepreneur voulait être payé de cet ouvrage aumême prix que celui de la façade, prétendant que ce nouvel ornementfaisait partie de son marché. Pierre Guillain, maître des œuvres, sou-tenait le contraire, et son opinion fut adoptée par les trois expertsnommés pour juges; ces derniers déclarèrent que ledit de la Valleeserait payé selon la prisée et estimation faites par gens à ce con-naissant (2).
Ces contestations n’empêchèrent pas Marin de la Vallée de se rendreadjudicataire, l’année suivante, d’un pavillon neuf qui devait être élevéau-dessus de la chapelle du Saint-Esprit, et compléter 1 ensemble dela grande façade. Ce pavillon devait avoir «pareille forme, structure,« espoisse (épaisseur), façon et qualité de matières » que celui de 1 arcadeSaint-Jean; de plus, le voisinage des chapelles et hospice du Saint-Esprit imposait aux magistrats municipaux des obligations de toutenature , déduites avec soin dans le cahier des charges (3) ; le prix avaitété fixé à soixante-cinq livres tournois la toise, avec l’obligation, pourl’entrepreneur, de fournir tous les matériaux nécessaires, dont laqualité est également détaillée dans l’acte. Le 6 avril 1609, Marin dela Vallée , qui avait six compétiteurs, fut reçu comme adjudicataire destravaux de ce pavillon, moyennant un rabais de sept livres tournoissur chaque toise; Marin de la Vallée déclare faire ce rabais «pour le« désir qu’il a de servir la ville, et continuer la besoigne qu’il a com-« meneée (4). »
Le 4 février 1610, d’après l’avis de Pierre Guillain maître desœuvres de maçonnerie, un marché était passé entre les officiers muni-cipaux et Marin de la Vallée , par lequel ce dernier s’engageait àterminer la maçonnerie du pavillon pour le quinzième jour de maiprochain. Il consentait à recevoir chaque semaine le prix de la besogneexécutée, aussitôt qu’elle aurait été toisée et vérifiée par le maître desœuvres Pierre Guillain. Une somme de six cents livres devait êtrecomptée à Marin de la Vallée en avance, pour l’achat de ses maté-riaux (5).
Dans l’intervalle des années 1609 à 1612, la cloche et l’horlogeavaient été faites et posées. La première était l’œuvre d’AntoineLemoyne, fondeur ordinaire de l’artillerie du roi. Elle avoit cinqpieds de diamètre, « et étoit de haulteur et eschantillon convenable« sonnante d’un ton plus bas que l’horloge du Palais (6). »
La seconde avait été fabriquée par Jean Lintlaer, maître de la pompedu roi (7). Les maîtres horlogers de la ville de Paris n’ayant pas vouluse charger d’établir cette horloge à moins de trois mille trois centslivres, Jean Lintlaer mit un rabais de trois cents livres, et leur futpréféré. Il s’engageait à construire une horloge pareille à celle du Palais ,tant en «grandeur, grosseur, que estoffes, voire (même) plus pesante« de trois cens livres, et la rendre assise et en place dedans le dict jour« premier août prochain venant, mesme l’entretenir un an durant (8). »
Ce fut sans doute à cette époque, que le sommet des deux pavillonsde la grande façade fut surmonté d’un ornement composé de croissantset de grosses fleurs de lis. A chacun des coins de ces deux pavil-lons furent posées des statues tenant un drapeau, et formant girouettes.
Ces ornements se trouvent sur une gravure des premières années du
xvn e siècle, représentant l’Hôtel de Ville et la place de Grève le jourdu feu de la Saint-Jean. Le campanile du pavillon de l’horloge est aussisurmonté d’une grosse fleur de lis (9). Israël Silvestre a indique lesmêmes ornements dans une gravure de 1 Hôtel de Ville executee en1651. Une autre gravure in-folio de la fin du xvm e siècle, faite parAveline, ne porte plus aucun de ces ornements.
Soit par l’augmentation de poids résultant de cette cloche etde cette horloge, soit par la manière dont le bâtiment qui les con-tenait avait été bâti, au mois de janvier 1613, le maître des œuvresde la ville, Pierre Guillain et deux experts jurés , faisaient aux officiersmunicipaux un rapport duquel il résultait que de nouvelles charpentesétaient nécessaires à la conservation de cette partie du monument (10).
Pour que les bâtiments de l’ancien Hôtel de Ville fussent tousachevés, il restait encore à faire le corps de logis donnant sur la courà gauche, derrière le pavillon du Saint-Esprit, ainsi que les arcadesqui devaient le soutenir. Une adjudication nouvelle fut jugée nécessaire,d’autant plus que cette construction étant la dernière , les magistratsmunicipaux voulaient fixer avec certitude les conditions de ce marché.D’après le devis rédigé par Augustin Guillain, maître des œuvres etsuccesseur de Pierre, non-seulement il fallait élever six arcades sem-blables à celles qui existaient déjà, dont les piliers et contre-piliers,aussi bien que la voûte en pierres de taille, devaient être établis surdes fondations solides, mais encore il fallait terminer la cour restéeinachevée, en faisant une aire moitié chaux et ciment, d’environ quinzepouces d’épaisseur, de manière à ce qu’il n’y restât pas d’humidité.L’entrepreneur s’engageait en outre à fournir quatre pierres de troisou quatre pieds carrés, taillées en forme de noue pour l’écoulementdes eaux; au milieu de cette pierre devaient être sculptées «certaines« têtes de masque propres à tel effet. » Il fallait aussi détruire le vieuxperron ainsi qu’un mur séparant les deux cours (11).
La première adjudication de ces travaux, qui eut lieu le mercredi12 septembre 1618, n’ayant pas été couverte, fut affichée de nouveaupour le samedi suivant. Ce jour, Marin de la Vallée offrit trente-troislivres tournois la toise, ou dix-huit mille livres pour le tout. JehanAntissier, seul compétiteur, offrit trente livres par toise. Cette enchèreayant été regardée comme insuffisante, fut remise au mardi 18 septembre.Ce jour, Nicolas Caillon offrit seize mille livres tournois en bloc, ouvingt-neuf livres tournois la toise; Thomas Taffany en offrit vingt-sept.
L’adjudication fut renvoyée au samedi, mais n’eut aucun effet. Enfin,le mardi 5 octobre 1618, Marin de la Vallée se rendit adjudicataire destravaux moyennant quinze mille six cents livres tournois. Ce marché,qui se passait au grand bureau de l’Hôtel de Ville en présence duprocureur de la ville et de Guillain le maître des œuvres, paraît avoirété conclu contre la volonté de ce dernier. En remettant jusqu’à troisfois l’adjudication des travaux, il semble avoir eu pour but d’écarterun entrepreneur puissant et riche, qui l’avait toujours emporté surses confrères (12).
La répugnance des maîtres des œuvres pour Marin de la Vallée neparaît pas avoir été sans motifs, puisque, l’année suivante, un procèsétait pendant au bureau de l’Hôtel de Ville , entre le procureur du roiet Augustin Guillain, dénonciateur, d’une part; et de l’autre, Marin dela Vallée , qui était accusé d’avoir laissé dans ses travaux de grandesdéfectuosités et de ne s’être pas conformé à son marché. L’entrepreneursoutenait le contraire et demandait qu’on adjoignît aux quatre experts(les sieurs Rolland et Passart, bourgeois, Claude Velfaux et JehanAntissier, jurés du roi en l’office de maçonnerie); un cinquième juge,le sieur Brosse, qui défendrait sa cause. Mais le conseil municipal ne
catives relatives aux bâtiments, n° 38. Cesdeux ligures remarquables ont été reproduitespar M. Caillat dans la petite gravure placéeau commencement de ces Recherches.
( 1 ) Registre de l’Hôtel de Ville, H, 1794,fol. 317. — App. I, n° 53.
(2) Idem. L’importance des travaux exécutésdans le cours de l’année 1608 fut constatéepar cette inscription gravée sur un marbrenoir, et placée dans la grande salle neuve del’Hôtel de Ville :
DU RÈGNE DU TRÈS-CHRESTIEN nENRï IV. ROYDE FRANCE ET DE NAVARRE, ET DE LA PRÉVOSTÉDE MONSIEUR MAISTRE JACQUES SANGUIN, SIEUR
I)E LIVRY, CONSEILLER DU ROY EN SA COUR DUPARLEMENT : ET DE L’ESCHEVINAGE DE MAISTREGERMAIN GOUFFÉ, ADVOCAT EN LA DICTE COUR,JEAN DE VAILLY, SIEUR DU BREUIL DU PONT,MAISTRE PIERRE FARFAICT, GREFFIER EN I.’ÉLEC-TION , ET CHARLES CHARBONNIÈRES, CONSEILLER DUROY ET AUDITEUR EN SA CHAMBRE DES COMPTES,CESTE SALLE A ESTÉ PARACHEVÉE , LE PAVILLON DUCOSTÉ DU SA1NCT-ESPRIT ENCOMMENCÉ, LES CO-LOMl’NES AFOSÉES, ET LA TOUR A HUICT PANSESLEVÉE POUR L’HORLOGE. MIL SIX CENS HUICT.
(3) App., n° 59.
(4) Idem.
(5) Reg. H, 1795, fol. 74 v°.
(6) Appendice I, n° 60 B.
(7) Le nom de Jean Lentlaer ne se trouvepas dans les biographies; quant au titre demaître de la Pompe du Roy, peut-être se rap-porte-t-il à la pompe établie sur le Pont-Neuf ,et qui, suivant quelques historiens, remonteau règne de Henri III .
(8) App. I, n° 60 B.
(9) Cette gravure, de format in-fol., porteles armes de France et de Navarre, et au-des-sous les armes de la ville de Paris . La légendeest ainsi conçue :
PORTRAIT DU MAGNIFIQUE BATIMENT DE LA MAISONDE VILLE.
Dans cette gravure, le toit du pavillon del’horloge est surmonté de six statues représen-tant des guerriers appuyés d’une main surleurs boucliers, et de l’autre sur une lance avecun drapeau formant girouette ; mais ces orne-ments paraissent n’avoir jamais existé, pasplus que les statues placées dans les niches dela façade, et les grosses fleurs de lis sculptéessur les piédestaux des colonnes que l’onvoit aussi dans la même gravure.
(10) App. I, n° 61.
(11) Reg. II, 1779, fol. 243 v°. — App. I,n° 70.
(12) Idem.