I 1 6 PARTIE II. - PÉRIODE III.
encore été un homme ordinaire. Si c’est la mar-che de la nature et le pouvoir des circonstancesqui ont amené le développement prodigieux desFrançais sous son règne, si leur grandeur n’a pasété uniquement son ouvrage, on lui doit la justiced’avouer qu’il a paru au niveau de sa nation,et qu’il était digne de la représenter, dans l’é-poque la plus brillante de son histoire. Si ce n’estpas lui qui a produit les beaux fruits de son siè-cle, il a du moins su les admirer, les cultiver, lesmultiplier; et ce mérite est assez rare pour obte-nir de justes hommages.
Entre tous les hommes de génie que la nature,prodigue pour lui seul, répandit avec profusionautour de son trône, Colbert fut le premier qu’ilemploya et qu’il appela auprès de sa personne,et ce fut lui qui, dans le silence de son cabinet,prépara cette richesse nationale qui devait êtrel’étonnement et l’effroi des autres peuples. Ma-zarin mourant avait dit à Louis XIV : Sire, jevous dois tout, mais je crois m’acquitter en vousrecommandant Colbert. Cet éloge paraît exagéré,et il était vrai.
Colbert, sorti d’une famille de négociants, né-gociant lui-même, avait toutes les qualités quesuppose cet état, qualités essentielles à un admi-nistrateur; il avait de plus des vues étendues,