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sans valeur : ainsi, autempsdeMarengo, par exemple, l’ar-mée autrichienne était la plus belle que cette puissanceait jamais eue. Elle comptait près de 120,000 hommes;elle était composée de l’infanterie victorieuse sous Kray,Souxvarof et Mêlas, à Yérone, à Magnano, à Cassano,à la Trébie, à Génola et à Novi ; elle avait triomphédevant Mantoue, Ancône , Turin , Tortone et Gênes.Jamais armée n’avait été inspirée par plus de gloire ; Mo-reau, Joubert, Masséna, Championnet, tous avaient étévaincus. Aucune armée ne fut plus belle en infanterie,en cavalerie et en artillerie. Depuis, l’Autriche n’a pu serelever de cette défaite ; elle a été pour cette monarchiece que fut Rocroy pour les Espagnols.
Au contraire, l’armée du premier consul était for-mée de cinquante-cinq mille hommes presque tous denouvelle levée, n’ayant pas deux mois de drapeau. Surle champ de bataille elle ne comptait que 2S,000 hom-mes, tandis que les Autrichiens avaient 45,000 hommes ;ils avaient 250 bouches à feu, quand Napoléon avaitseulement soixante canons ; Mêlas avait 10,000 hommesde cavalerie excellente, et son antagoniste n’en comptaitque 3,000. Les Autrichiens s’appuyaient à la forte placeet citadelle d’Alexandrie, et celle de Tortone était à deuxlieues sur leur droite ; ils avaient trois têtes de pont surla Eormida, Napoléon n’avait aucun lieu fortifié ; lesvillages de Marengo, Castel-Cériolo et Saint-Juliano luivalurent, comme le dit Turenne, des places fortes.
L’objection subsiste, dira-t-on, en ce que c’était Mêlasdevant Napoléon ; avec un tel moyen il n’y aurait au-cune chance de persuasion, parce que l’on pourrait tou-jours alléguer que le gagnant avait ce jour-hà plus degénie que son adversaire. Est-ce que Brune avait plus degénie que Bellegarde à la bataille de Pozzolo? Ce dernier,ayant 00,000 hommes, fut battu par le premier à la