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On dira cc qu’on voudra, mais la clef des champsest ce qu’il y a de meilleur à conserver en guerre pourtoutes les troupes qui n’ont pas encore une forte orga-nisation ; la doctrine peut bien taxer cela de paradoxe,mais l’expérience est là, les meilleurs retranchementsqu’elles puissent avoir sont les bois, les rochers, lesmarais et les fréquents changements de position -, en unmot, ce sont les jambes. Si les places sont bonnes, c'estpour garder quelques positions isolées, assurer les pas-sages de rivières, occuper les cols des grandes chaînes ,c’est pour contenir des dépôts ; mais les places conjuguéeset militarisées nous paraissent un rêve de l’imagination.
Et maintenant, si l’on pouvait conclure du petit augrand, du simple au composé, de ce court historiquedes revers des partisans retranchés, ne semblerait-il pasdéjà que l’on peut, par induction , affirmer qu’il nefaut pas non plus enchaîner les armées régulières à desremparts qui leur sont si opposés de nature ; car lescorps de partisans et les armées ont presque tous leursprincipes en commun.
Mais puisque, par l’histoire, nous voyons que leschances de succès pour les armées retranchées diminuentrapidement à mesure que ces armées deviennent plusgrandes , comment a-t-on imaginé dans ces dernierstemps de créer ces places gigantesques dont on garnit au-jourd’hui toute la France ; n’est-ce pas même aller contrela définition des forteresses destinées, selonDurçon, à fairecombattre un petit nombre contre un grand nombre?Que devient donc ce prétendu avantage d’avoir besoin demoins d’armées, si vous changez les garnisons elles-mêmes en armées? C’est aller absolument contre le prin-cipe de la fortification , c’est altérer son rôle : qui ditforteresse dit peu de troupes. L’cxpcricnce des faits est-elle , d’ailleurs , en faveur de cette innovation et d’un
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