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car ayant aussi de mauvaises troupes , il les laissera s’a-guerrir devant vos forteresses. Jamais Napoléon n’a faitautrement ; tous ses corps assiégeants n’étaient que descontingents, des recrues et des bataillons de marche.Combien de fois n’avons-nous pas vu les places cernées ,assiégées et prises même, par des paysans, en Italie, en 'Espagne et ailleurs !
Mais vous risquez beaucoup pour vos places , et c’estune grande chance à courir que de n’y placer que vosmauvaises troupes ; car le métier de garnison est plus la-borieux que vous ne le dites, et plus plein de privationsqu’on ne saurait le croire. Alors vos forteresses tombe-ront et serviront à l’ennemi. Que vous êtes injuste, vas’écrier la doctrine, vous convenez que les places vontservir à l’ennemi ; pourquoi donc nier quelles ne puis-sent vous servir à vous premier occupant? Sont-ellesdonc si anti-françaises qu’elles ne doivent être bonnesque pour des Prussiens? À cela nous vous répondrons ,que si votre ennemi emporte, surprend, quelques-unesde vos places mal pourvues, ce sera 2, 3, 4 d’entre elles,et de sa part ce nombre n’exigera peut-être, pour leurfournir garnison, que le vingtième de son armée, plusou moins ; alors cet ennemi restera dans les termes etdans les proportions que Turenne admettait ; tandis quevous, vous avez 182 garnisons à pourvoir.
Nous n’emploierons pas, direz-vous, nos troupes deligne dans les places, nous y mettrons des milices, desgardes nationales, cest leur plus belle prérogative (1).Nous n’avons pas besoin de soldats , mais d’hommes;c’est une immense différence (2). Cest de la populationqu’il faut tirer les garnisons (3). Fort bien ; mais vous
(2) Mémorial, vol.vm, page 257 .
(2) Napoléon.
( 3 ) IJ.