DE LA PÉNINSULE. ir
accepta la paix à des conditions qui mettaientl’Espagne aux pieds de ses voisins, et qui reçutà cette occasion, en récompense de ses services,le titre de prince de la Paix. Godoy présentel’assemblage étrange de faiblesse et de talent, devices nombreux et de quelques vertus. Il ne fautpas supposer qu’il ait sciemment et volontaire-ment trahi son pays; mais, comme tous les par-venus , il considérait le bien général comme unobjet qui n’avait de mérite qu’autant qu’il servaità ses intérêts particuliers; et ce ne fut qu’en tra-vaillant , mais en vain, à maintenir son pouvoirpersonnel qu’il conduisit la monarchie espagnoleà sa ruine. Godoy était mal disposé en faveur dela France, dont il craignait et haïssait tout à-la-fois le chef; mais, ainsi que son souverain, ilavait pour cet homme extraordinaire encore plusde crainte que de haine, et c’est pour cette raisonqu’il se soumit à son joug. Lors delà rupture dutraité d’Amiens, Napoléon, en vertu du traité deSaint-Udefonse, somma l’Espagne de se joindreà lui avec ses armées et ses flottes ; mais Godoys’appliqua à éluder la demande ; il réussit mêmeà obtenir pendant quelques temps une incertaineneutralité, en versant chaque mois au trésor im-périal la somme d’un million de francs. Toute-fois l’Espagne fut à la fin entraînée dans cetteguerre qui lui attira tant de calamités, et dont