224 HISTOIRE DE LA GUERREque de soumettre ses plans au jugement dunémigré sans caractère reconnu, mais encore ex-poser l’armée à des conséquences fâcheuses. SirJohn Moore renvoya le colonel avec des marquesévidentes de mécontentement, et j’avoue qu’àsa place j’en aurais fait autant.
Malgré cela, et en dépit de la timidité excessivede la suprême junte qui à l’approche du dangers était enfuie à Badajoz, l’un des points les plusreculés du royaume, je conçois qu’on ne pou-vait former qu’une seule opinion sur la soliditédes vues de M. Frère : nous aurions eu sansdoute beaucoup de difficultés à surmonter, etdont les plus sérieuses tiraient leur source del’état de désorganisation où se trouvaient les ar-mées espagnoles ; mais le gouvernement, quelqueinsouciant qu’il fût d’ailleurs, sentait le besoinde changer de système; on avait déjà l’espoir queles différents corps seraient réunis sous un seulchef et que ce chef serait la Romana, qui possé-dait toute notre confiance; nous avions de justesraisons de croire que cette réunion s’effectuerait ;et alors l’absence de la junte, loin d’être à regret-ter, devenait un sujet de satisfaction, d’autantplus que les intrigues , les cabales et les sottisesqui suivaient ses délibérations produiraient moinsde mal de loin que de près. Mais revenons à nosopérations.