DE LA PÉNINSULE. a5i
un instant. Il s’enfuit en désordre vers la rivièreet la repassa plus lestement qu’il ne l’avait fran-chie, laissant en notre pouvoir le général Lefè-vre', qui en avait le commandement, et environsoixante-dix prisonniers, officiers et soldats.Telle fut l'affaire la plus sérieuse dans laquellenous nous trouvâmes engagés. Cette cavalerieennemie faisait partie de la garde impériale, et secomposait de soldats éprouvés qui combattirentd’une manière digne de la réputation qu’ilsavaient acquise dans le nord de l’Europe. Ils per-dirent en tués et blessés environ soixante hom-mes; notre perte fut de cinquante hommes.
On a dit que Napoléon, posté sur les hauteurs,fut témoin de cette affaire. Que cela soit vrai ounon, il est toujours certain que l’ennemi ne sehasarda de quelque temps à attaquer notre cava-lerie. Aussi notre colonne arriva-t-elle à Astorga
' La captivité du général Lefèvre fut due à une circonstancevlout ne parle pas l’auteur. Ce général, impatient de joindre lesAnglais, n’eut pas plus tôt aperçu leurs colonnes de l’autre côté del’EsIar, que, sans tenir compte de la difficulté des lieux ni desmasses qu’il allait heurter, il franchit la rivière avec cinq à six centschevaux et donna tète baissée au milieu de toute la cavalerie en-nemie, qui était concentrée autour de Benevente. Cette téméritéeut le résultat qu’elle devait avoir. Les chasseurs furent ramenés etobligés de regagner le rivage qu’ils avaient si imprudemmeutquitté. Leur chef ne voulut pas passer qu’il ne les vît tous en sû-reté et fut enlevé au milieu des efforts qu’il fit pour protéger leurretraite. Ce dévouement méritait de n’être pas oublié.