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CHAPITRE III.
que la raréfaction de l’air avait éteinte au milieu des flammes. Je me dépouillai de meshabits, que j’attachai sur ma tête avec ma ceinture, et je traversai la rivière à la nage,tenant toujours ma lampe à la main. Promptement rhabillé, je montai les marches de l’ar-- cade, et me trouvai sur Tin palier de six pieds de long et de trois de large. Le plancher étaitmobile ; les murs d’airain servaient d’appui aux moyeux de deux grandes roues de mêmematière, l’une à droite, l’autre à gauche. La partie supérieure de ces roues était chargée degrosses chaînes. Je voyais sur ma tête trois grandes concavités ténébreuses, et, devant moi,une porte couverte de l’ivoire le plus blanc. J’essayai plusieurs fois de l’ouvrir, mais vaine-ment ; j’étais fort embarrassé.
« Enfin, j’aperçois au haut de la porte deux anneaux très-brillants; j’y porte les mainspour voir si, en les tirant, la porte s’ouvrirait; c’était la dernière épreuve, mais la plusterrible. Au premier mouvement des anneaux, les roues tournèrent avec un bruit terrible;je croyais entendre les mugissements des enfers, ou le fracas des mondes qui s’écroulaient.Frappé de terreur, je demeure immobile et glacé; bientôt je me sens vivement secoué pardes oscillations du plancher qui s’élevait, et un vent impétueux occasioné par la rapiditédu mouvement des roues. Je rappelle toute ma fermeté, je m’attache fortement aux anneaux.Le bruit était toujours plus horrible. Je craignais que tout cet édifice dissous ne m’écrasâtsous ses ruines. Enfin peu-à-peu le bruit s’apaisa; je sentis que je descendais, et lorsque laporte (I) eut repris sa première position, les deux battants s’ouvrirent, et me découvrirentun lieu éclairé d’une immense quantité de lumières.
« J’y arrivai au lever du soleil, j’aperçus le bœuf Apis à travers les barreaux de sonétable, et je reconnus avec surprise que je sortais de dessous le piédestal de la triple statued’Osiris , d’Isis et d’Horus (2) . »
L’édifice qui nous occupe était un vestibule ouvert sur la face et élevé de deux marchesau-dessus du niveau du sol du péribole extérieur. Son pavé, formé de grands blocs demarbre et parfaitement uni, paraît avoir été très-peu usé.
La porte, dans le mur transversal qui conduisait au péribole intérieur, avait un portailsaillant, formé par deux colonnes corinthiennes et leur entablement. Dans l’intervalle entrele portail et la porte, le pavé offre un plan incliné dans lequel sont creusées des rainuresd’une profondeur considérable ; au-delà de la porte, le pavé redevient horizontal, et surchaque côté de l’entrée sont deux piédestaux carrés-longs (3) , aboutissant contre le mur trans-versal.
Les venteaux de la porte ont dû être pesants et massifs, les trous pour les pivots surlesquels ils tournaient w , et les rainures en quart de cercle dans lesquelles marchaient les
(1) Ne serait-ce pas plutôt le plancher, rien n’ayantété dit auparavant du mouvement de la porte?
( 2 ) Voyage d’Anténor, t. III, chap. n. Nous n’avonspas été à portée de découvrir les autorités sur les-quelles ce récit est fondé. Il est probablement tiré desécrits de quelques Pères de l’église, qui ne laissèrentéchapper aucune occasion d’exposer ou de ridiculiserles absurdités du culte païen.
(3) Ces deux massifs, placés sur la même ligne queceux des angles qui sont de véritables antes, nous pa-raissent plutôt les restes de pilastres correspondants àces antes que des piédestaux. Leurs bases étant à-peu-près semblables aux bases des colonnes et des antesdu portail extérieur, elles seraient liors de proportion
avec la hauteur d’un piédestal, tandis qu elles sont par-faitement en rapport avec l’élévation d’une ante. Cespilastres pouvaient être couronnés de chapiteaux dansle caractère de ceux des antes du portail extérieur, etformer dans l’intérieur trois porches couverts, commel’indique la restauration que nous en avons donnée,chap. 1 , pl. vn. (H.)
(4) Ces trous étant carrés, ne pouvaient pas serviraux pivots circulaires des portes sans l’intermédiairede crapaudines, en fer ou en bronze, qui devaient yêtre placées primitivement. Voyez, entre autres exem-ples de l’antiquité , celui d’une porte en marbre, repré-sentée pl. xix, fig. iv, dans la première partie des Ruinesde Pompeia, par Mazois. (H.)